Des milliers de personnes ont entamé lundi à Sanaa un sit-in pour exiger le départ du président Ali Abdallah Saleh, alors qu’un manifestant était tué par les forces de sécurité à Aden, portant à 12 le nombre de morts dans cette ville en moins d’une semaine.

Les manifestants, des étudiants mais également des députés de l’opposition et des militants, se sont massés sur une place devant l’Université de Sanaa, foyer de la contestation dans la capitale, qu’ils ont rebaptisée «place Tahrir» (place de la Liberté), en référence au soulèvement en Egypte.

«Le peuple veut la chute du régime» et «le peuple veut le changement», proclamaient les banderoles brandies par les manifestants. Ce sit-in intervient au lendemain de la décision de l’opposition parlementaire de se joindre au mouvement de contestation du régime, mené jusqu’à présent principalement par des étudiants.

Les forces de sécurité yéménites ont érigé des postes de contrôle aux accès de la place mais n’ont pas tenté de disperser les manifestants. Les manifestations, qui se déroulent quotidiennement à Sanaa depuis une dizaine de jours, ont été violemment réprimées par des partisans du pouvoir armés de gourdins, de pierres et d’armes blanches. Dimanche, pour la première fois, les étudiants sortant de l’université pour manifester n’ont pas été inquiétés par les partisans du pouvoir, tenus à l’écart par la police. A Aden en revanche, les forces de sécurité ont continué à tirer à balles réelles sur les manifestants, faisant un nouveau mort lundi à l’aube, selon des sources médicales.

Alors que la contestation populaire s’amplifie, le président yéménite Ali Abdallah Saleh, au pouvoir depuis 32 ans, a déclaré lundi lors d’une conférence de presse qu’il ne partirait «que par les urnes». Le président Saleh, qui dirige le Yémen depuis 1978, a promis le 2 février de mener des réformes et de ne pas briguer un nouveau mandat lors de la prochaine élection présidentielle prévue en 2013, sans parvenir à calmer la rue.

L’avertissement des religieux

Dans ce contexte, les ulémas du Yémen ont prohibé lundi le recours à la force contre les manifestants. Les oulémas, sunnites et zaïdites, branche du chiisme prépondérante dans le nord du Yémen, ont publié un communiqué en ce sens à l’issue d’une réunion extraordinaire sous l’égide de l’influent chef islamiste Cheikh Abdelmajid Zendani, soupçonné par Washington de soutenir le terrorisme. «Toute agression contre les manifestants est un crime», ont affirmé les oulémas, prohibant dans le même temps de «tuer des membres des forces de sécurité».