Tôt mardi matin, les autorités syriennes ont évacué les chars des rues de Baba Amro, le quartier de Homs soumis la veille à un déluge de feu qui aurait causé une trentaine de morts. Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) installé à Londres, elles les auraient dissimulés dans des bâtiments publics. Il s’agissait de faire place nette alors que devait débuter, le même jour à Homs, la visite des observateurs de la Ligue arabe, conformément au protocole signé la semaine passée au siège de la Ligue au Caire par un émissaire du gouvernement syrien.

La férocité des forces de sécurité de Bachar el-Assad ces derniers jours n’est en revanche pas parvenue à décourager les habitants de cette ville à l’est de la Syrie, considérée comme l’un des foyers les plus ardents de la révolte populaire, à descendre dans la rue. Des dizaines de milliers de manifestants, jusqu’à 70 000 d’après l’OSDH, attendaient de pied ferme les observateurs. Ils ont à nouveau défié le régime en tentant de rallier la place Al-Saa, au centre-ville.

Observateurs hélés

«On en tenté de les disperser avec des gaz lacrymogènes et aussi par des tirs», relatait mardi après-midi Rami Abdel Rahmane, le président de l’OSDH. D’après lui, au moins quatre personnes avaient été blessées, dont une grièvement. Il était difficile de déterminer, hier, combien d’observateurs arabes s’étaient précisément rendus à Homs, les lieux qu’ils avaient visité, ou quel type de contact ils avaient établi avec les contestataires. Des images circulant sur Internet, sans que l’on puisse en certifier l’origine, ont montré des observateurs hélés par des citadins au bord du désespoir.

«S’ils n’ont pas vu les manifestants, il faut leur acheter des lunettes», persifle Rami Abdel Rahmane. «Le régime a préparé leur visite en changeant le nom des rues et celui des quartiers», laisse pour sa part entendre Radwan Ziadeh, en charge des Affaires étrangères au sein du Conseil national syrien (CNS), principale organisation de l’opposition. D’après lui, il est trop tôt pour présumer de l’effet de la mission de la Ligue arabe menée par le général soudanais Moustapha al-Dabi. Elle est censée déployer au moins 150 observateurs, notamment à Hama, Idlib, autres points chauds de la contestation, et à Damas, sur une période probable d’un mois. Les responsables syriens ont été «jusqu’à présent […] très coopératifs», a déclaré le Soudanais à l’AFP. «Tant que toutes les troupes n’auront pas été retirées et que les violences n’auront pas pris fin, le régime el-Assad sera en violation de l’initiative arabe. Elles sont loin d’avoir cessé; au moins 13 personnes ont été tuées en divers endroits depuis ce matin», rétorque Radwan Ziadeh.

«Alors que le pays est fermé aux médias étrangers, la visite de ces observateurs pourrait permettre d’offrir des comptes rendus rigoureux sur ce qui se passe à l’intérieur», relève Marwa Daoudy, professeur à l’Université d’Oxford et de Princeton. D’après elle, l’arrivée de cette délégation est une première application de «l’internationalisation» de la crise syrienne. A ce titre, «en mettant le régime sous pression, elle pourrait mettre un frein à la répression et offrir un répit aux protestataires, estime la chercheuse syrienne. Mais cela ne peut constituer qu’une étape, insuffisante en tant que telle. Elle doit s’inscrire dans le cadre d’un plan beaucoup plus large qui viserait à faire définitivement cesser toute répression des civils en initiant une transition pacifique vers un système de droits démocratiques.»