La présidente des Philippines Gloria Arroyo a annoncé dimanche que près de 300 militaires rebelles ont accepté de regagner leurs casernes. «La crise de Makati est terminée», a expliqué Gloria Arroyo dans une déclaration à la télévision après des négociations marathons menées par les chefs des insurgés qui avaient pris le contrôle du quartier financier de Manille. «C'est un triomphe pour la démocratie», a pu conclure la présidente au terme d'une mutinerie qui a duré dix-neuf heures.

«Ils feront l'objet d'une enquête et leur sort sera tranché en application du droit militaire, a encore affirmé la présidente. Ils n'ont pas demandé et ils ne bénéficieront pas d'un traitement particulier.» Tôt dimanche matin, ces hommes, qui portaient un brassard rouge, avaient investi le complexe Ayala Center et posé des explosifs au pied des vitrines de magasins et devant des hôtels. Immédiatement après l'annonce de la fin de la crise, ils ont commencé à désamorcer les bombes, ont rapporté des témoins.

Les mutins faisaient partie des soldats subalternes accusés la veille par le gouvernement d'avoir fomenté un complot contre le régime. Après avoir pris le contrôle du complexe et retenus quelques heures ses habitants, ils se sont désignés comme étant le «groupe Magdalo», en référence à un groupe du même nom qui avait combattu au XIXe siècle la présence espagnole dans l'archipel.

Dans une vidéo diffusée par la chaîne de télévision ABS-CBN, ils ont accusé le gouvernement d'être corrompu et de soutenir les actions terroristes dans le sud de l'archipel pour s'attirer l'aide militaire des Etats-Unis. Un de leur porte-parole a également accusé le gouvernement philippin d'être derrière les attentats de mars et avril dernier à Davao (sud), qui ont fait des dizaines de morts. Selon eux, ces attentats auraient été destinés à permettre à Gloria Arroyo de déclarer la loi martiale et de rester au pouvoir après l'expiration de son mandat, fin 2004. La présidente, qui doit prononcer ce lundi son traditionnel discours à la nation, a pour sa part réaffirmé plusieurs fois qu'elle ne se présenterait pas aux élections.

Selon un porte-parole militaire, le général Rodolfo Garcia, des partisans de l'ancien président Joseph Estrada (destitué en 2000) pourraient être les instigateurs du complot. Des officiers se plaignent par ailleurs de la corruption, de soldes trop basses et de la mauvaise qualité de leurs logements. Samedi, Gloria Arroyo avait annoncé que son gouvernement avait mis à jour un complot fomenté par des officiers subalternes, pris en chasse par les forces armées. Le chef d'état-major de l'armée, le général Narciso Abaya, lui avait affirmé le «soutien total» des militaires. Des rumeurs faisant état d'un complot pour renverser le gouvernement s'étaient propagées à Manille depuis la semaine dernière, mais avaient été démenties. Gloria Arroyo, ancienne vice-présidente est arrivée au pouvoir en janvier 2001 à la faveur d'un soulèvement populaire soutenu par l'armée.