Le chef du gouvernement indien, Manmohan Singh, a achevé jeudi une première visite de deux jours dans l'Etat de Jammu-et-Cachemire. Cette région à majorité musulmane est au cœur des tensions entre les puissances nucléaires que sont l'Inde et le Pakistan. Les mesures annoncées par le nouveau premier ministre devraient permettre de poursuivre le processus d'apaisement engagé entre les deux «frères ennemis».

En grand économiste, Manmohan Singh a misé avant tout sur le développement pour répondre au mécontentement de cette région aliénée par une succession de promesses rompues. «Aujourd'hui, le Cachemire a besoin d'un nouveau départ», a-t-il déclaré en annonçant un prêt de 5,3 milliards de dollars qui devrait en priorité servir à l'éducation et aux infrastructures. Il a également promis la création de 24 000 emplois, dans cette région ravagée par une quinzaine d'années de guérilla séparatiste, où l'Etat est l'employeur le plus convoité.

Les analystes cachemiris ont regretté le manque de propositions politiques. Manmohan Singh a cependant insisté à plusieurs reprises qu'il était prêt à parler à tous, sans pré-conditions, ajoutant à l'occasion que les interlocuteurs devaient avoir abandonné la violence.

Mais le plus fort message de la visite est pourtant passé moins par les mots, que par un symbole: le premier retrait de troupes stationnées dans la région, un geste sans précédent selon les analystes. Un millier de parachutistes ont ainsi quitté mercredi leur camp d'Anantnag. Le chef du gouvernement a promis que, si la violence continuait à décroître, ce ne serait qu'un début. Il reste encore du chemin, puisque, sur les 200 000 hommes que comptent au minimum les forces de sécurité dans la région, moins d'un dixième serait concerné par le retrait. Conscient des problèmes de violation des droits de l'homme qu'une telle concentration entraîne, Manmohan Singh a appelé les forces présentes à être d'une «tenue exemplaire».

Sans connaître l'étendue éventuelle du redéploiement, il est difficile d'en évaluer la réelle signification. Les mesures ont été qualifiées de «grande blague» et de «poudre aux yeux» par les militants indépendantistes. Le Pakistan, sur la réserve, a cependant accueilli comme «un développement positif et un bon début» ce premier retrait des troupes. Les analystes ont d'ailleurs vu dans le geste un message adressé autant au Pakistan qu'aux Cachemiris.