Une quinzaine d’avions militaires de transport et une douzaine de navires de guerre sont déjà mobilisés pour évacuer les quelque 10 000 ressortissants européens en Libye. Leur intervention pourrait peser lourd. Explications.

L’UE se prépare-t-elle à faire la guerre à Kadhafi?

La réponse est évidemment non. Et l’on peut compter sur les ministres de la Défense des Vingt-Sept, réunis jusqu’à vendredi soir, pour le répéter. Personne, au sein de l’UE, ne veut lancer des forces terrestres à l’assaut de Tripoli. Une telle éventualité, de toute façon, ne pourrait être envisagée qu’après une consultation et un mandat clair du Conseil de sécurité de l’ONU. Ce qui paraît très peu probable, même si, pour l’heure, la Russie et la Chine ont appuyé toutes les condamnations du régime libyen et les demandes de «cessation immédiate des violences». En revanche, l’utilisation de moyens militaires aériens et maritimes à but humanitaire fait partie des «scénarios envisagés», d’autant que la situation des 10 000 ressortissants européens encore bloqués en Libye pourrait devenir dramatique. «Que fera-t-on si des civils européens se retrouvent pris en otage ou si les forces pro-Kadhafi marchent sur les villes «libérées»? Tout peut aller très vite», reconnaît un diplomate.

A quoi pourrait ressembler une intervention militaire?

Une première mesure d’urgence pourrait être l’instauration d’une ou de plusieurs zones d’interdiction de vol. C’est l’un des sujets dont Barack Obama devait discuter jeudi avec le président français et le premier ministre britannique. Les ministres de la Défense en parleront sans doute aussi vendredi avec le secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen. L’Alliance, rappelons-le, dispose d’avions radars Awacs, d’un commandement à Naples et d’une base aérienne en Sicile. La plupart des navires – dont deux destroyers allemands, une frégate anglaise et une frégate grecque – dépêchés vers les côtes libyennes ont par ailleurs à bord des commandos de marine capables de sécuriser des points stratégiques dans le port libéré de Benghazi. Une opération sur l’aéroport de Tripoli, ou pour sécuriser des hôpitaux, serait aussi faisable.

Comment peut se dérouler l’évacuation des Européens?

C’est tout le problème. Ces derniers sont en effet dispersés à travers le pays où le téléphone et l’Internet sont très souvent coupés. Et les ambassades des pays membres de l’UE avouent manquer d’informations. «La Libye est un pays fermé et le pouvoir est très cloisonné, explique un diplomate. Nous sommes quasi aveugles.» Se pose aussi la question de la protection des civils libyens ou non-européens en fuite vers l’Egypte ou la Tunisie: des scènes qui rappellent l’exode des Kosovars sous les menaces serbes… Lequel amena, comme on le sait, l’OTAN à bombarder les forces pro-Milosevic. L’activation par l’UE de son mécanisme de protection civile va entraîner, dans les jours prochains, l’envoi d’une cinquantaine d’experts humanitaires à ces postes frontières.