Tortures, enlèvements, censure... Chaque année, Amnesty International fait le triste bilan des violations des droits humains commises à travers la planète. Le point sur 2007 avec Manon Schick, porte-parole de la section suisse de l'ONG.

Le Temps: Le rapport 2007 commence par une référence à la signature de la Déclaration universelle des droits de l'homme il y a soixante ans. Quel bilan depuis 1948?

Manon Schick: En signant cette déclaration il y a soixante ans, les Etats membres des Nations unies ont été visionnaires. Ils ne pensaient certainement pas que sa mise en œuvre serait si difficile. La peine de mort existe toujours, la guerre contre le terrorisme est utilisée pour justifier des violations en tous genres... D'un autre côté, il y a eu des succès, au niveau du système de défense des droits humains notamment. De nombreuses conventions ont été signées, comme celle des droits de l'enfant. Elles permettent des améliorations étape par étape.

- Vous dites que la Déclaration universelle des droits de l'homme ne pourrait plus être signée aujourd'hui.

- En effet, il y a une telle division au sein de la communauté internationale: l'antagonisme grandit entre l'Occident et le reste du monde, certains pays revendiquent une vision différente des droits humains au nom de l'islam. Il n'y a plus de vision globale et unifiée. L'universalité des droits humains avancée en 1948 est remise en cause. L'élan qui a prévalu à l'époque est comparable à la prise de conscience actuelle concernant la protection de l'environnement.

- Quels sont les points noirs de l'année 2007?

- La Chine évidemment. La préparation des Jeux olympiques a été le prétexte à de multiples détentions. Nombre de toxicomanes, vendeurs de rues ou autres personnes «gênantes» ont été envoyées en camp de rééducation afin de nettoyer Pékin. La censure a augmenté. Autre problème: la répression des manifestations en Birmanie en septembre dernier. La communauté internationale n'a pas réussi à se mettre d'accord pour faire pression sur un gouvernement pourtant déjà mis au ban. Et cela recommence aujourd'hui à propos de l'aide aux victimes du cyclone Nargis.

- Votre rapport insiste justement sur les manquements des Etats-Unis et de l'Union européenne.

- Oui, car ce sont des puissances qui devraient donner l'exemple. La politique américaine, notamment, est suivie par le monde entier. Il a suffi que Washington parte en «guerre contre le terrorisme» pour que les guérillas colombiennes, les Ouïghours indépendantistes ou les opposants [ndlr: au président du Zimbabwe] Mugabe deviennent des «terroristes». Cela a permis aux régimes autoritaires de légitimer leur politique de répression. Au niveau européen, [le parlementaire suisse] Dick Marty a présenté son rapport sur les prisons secrètes [de la CIA], mais aucun Etat membre n'a pris de mesures ni ordonné d'enquête après cela.

- Qu'en est-il de la Suisse?

- Le problème principal est le climat xénophobe pointé par Doudou Diène, rapporteur spécial des Nations unies sur le racisme. Cela est évidemment lié aux affiches de l'UDC représentant le mouton noir. L'étranger est stigmatisé comme étant un être dangereux. Nous déplorons le manque de volonté politique à ce sujet. La Suisse n'a ni législation ni plan d'action sur le racisme.

- Vous appelez, dans votre rapport, les Etats à s'excuser des manquements constatés. N'est-ce pas un peu naïf?

- Nous savons qu'aucun gouvernement ne le fera. Les Etats estiment ne pas avoir de compte à rendre. C'est un appel rhétorique afin de signifier aux dirigeants leur responsabilité et surtout de les appeler à agir.