Catalogne

Manuel Manonelles: «Face à Madrid, nous nous heurtons à un mur»

Alors que la justice espagnole a interdit au parlement de Barcelone de se réunir lundi, les Catalans continuent d’appeler à une médiation, estime le représentant du gouvernement catalan auprès des organisations internationales à Genève

La crise entre la Catalogne et l’Espagne s’envenime de jour en jour. Jeudi, la Cour constitutionnelle espagnole a suspendu la réunion du parlement catalan, qui doit entériner le résultat du référendum d’autodétermination (90% de oui à l’indépendance pour environ 42% de participation) et éventuellement proclamer la République de Catalogne. La réaction de Manuel Manonelles, le représentant du gouvernement catalan auprès des organisations internationales à Genève.

Le Temps: Le parlement va-t-il vraiment pouvoir se réunir lundi pour proclamer l’indépendance?

Manuel Manonelles: Nous sommes choqués que la justice ait pu interdire une réunion alors que celle-ci n’est même pas encore formellement convoquée. De notre côté, le processus est très clair: le parlement doit se réunir 48 heures après la proclamation des résultats définitifs du référendum, ce qui n’a pas encore été fait. Il reviendra ensuite aux députés d’en tirer les conséquences, car c’est eux qui ont chargé l’exécutif d’organiser le référendum.

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Les indépendantistes disposent de la majorité dans cette enceinte. Si elle se réunit et vu la polarisation des positions à Madrid et Barcelone, on voit mal une autre issue que la proclamation de l’indépendance.

Il y aura d’abord un vrai débat parlementaire. Le programme et la feuille de route de la majorité sont connus et publics. Par ailleurs, le président catalan Carles Puigdemont ne cesse d’appeler à une médiation pour sortir de l’impasse.

Le dialogue est au point mort et l’Union européenne, susceptible d’arbitrer ce conflit, s’est rangée derrière le gouvernement espagnol. Qu’espérez-vous encore?

– Notre gouvernement a reçu beaucoup d’offres de médiateurs, mais il faut être deux pour dialoguer. Or Madrid ne veut rien entendre. Le gouvernement de Mariano Rajoy préfère envoyer des renforts policiers et de l’armée plutôt que d’ouvrir un dialogue politique.

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Quelles seraient les autres solutions à une déclaration d’indépendance?

Nous sommes conscients de la complexité du moment et nous sommes prêts à faire des efforts pour faire les choses comme il faut, comme en Ecosse et au Québec, où des référendums ont pu être organisés dans des conditions normales. Pourquoi pas en Catalogne?

Vous reconnaissez donc que le référendum du 1er octobre avait peu de valeur, sans commission ni liste électorale? Et vu l’abstention, une minorité de Catalans s’est effectivement prononcée en faveur d’une sécession.

Nous avons organisé le meilleur référendum possible étant donné le harcèlement et les violences policières, qui ont provoqué 900 blessés. Il y avait des observateurs internationaux. Les listes électorales sont à disposition. Chaque citoyen qui a voté a décliné son identité et personne n’a pu voter deux fois. Quant à la participation, il n’y avait aucun taux minimal pour la validité du scrutin.

En cas de déclaration d’indépendance, Madrid reprendra le contrôle de la Catalogne, l’autonomie de votre région sera en miettes mais les rangs indépendantistes gonfleront. Ne jouez-vous pas la politique du pire?

Tout d’abord, Madrid n’a pas attendu de déclaration d’indépendance pour mettre sous tutelle les finances de la Catalogne, arrêter une dizaine de hauts fonctionnaires et déployer des milliers de policiers. Ensuite, la situation actuelle n’est agréable pour personne. Nos revendications ne datent pas d’hier. Ce gouvernement espagnol a fait annuler le statut d’autonomie de la Catalogne de 2006, qui accordait à la région de larges prérogatives. Depuis, nous nous heurtons à un mur.


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