La rumeur l'avait déjà fait trépasser dix-sept fois. Manuel Marulanda, chef historique des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), aurait bel et bien été rattrapé par la mort le 26 mars passé, à l'âge supposé de 80 ans. On disait le meneur de la plus ancienne guérilla latino-américaine de gauche sénile et atteint d'un cancer de la prostate. Il serait mort d'une crise cardiaque.

Paysan originaire du Quindio, à l'ouest de Bogota, Pedro Antonio Marin, son nom de naissance, n'avait pas vingt ans lorsqu'il prit les armes alors que sévissait la Violencia, cette guerre civile qui opposa les libéraux aux conservateurs et décima 300000 Colombiens, paysans illettrés en bonne part. Surnommé «Tirofijo» (tir précis) par ses compagnons de lutte, Marulanda avait trouvé sa voie: séduit par les idées marxistes, il serait révolutionnaire. Il ne désarma pas au retour d'une paix précaire et participa à la formation des FARC en 1964. Baptisées comme telles en 1966, elles se lancèrent à la conquête de terres délaissées par l'Etat.

Astucieux voire roublard, il émaillait ses discours d'expressions paysannes imagées. Rustique, il n'aurait jamais mis les pieds en ville. Il n'en était pas moins soucieux de sa présentation et contrôlait strictement son image. Craint et respecté par ses troupes, il faisait régner sur elles une discipline de fer, éliminant sans état d'âme ceux qui sortaient du rang. Pour servir son idéal de révolution agraire, il recourut sans plus de scrupules à la coercition, aux enlèvements et aux massacres. Aujourd'hui affaiblies, les FARC ne compteraient plus que 5000 à 8000 hommes et femmes contre 15000 à 20000 au faîte de leur puissance. Leur chef sera resté insaisissable jusqu'à son dernier souffle.