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Manuel Valls: « Moi je suis un patriote français, un républicain, j’ai l’amour de mon pays. Et en même temps, je pense que l’on peut concilier son patriotisme et l’amour de l’Europe.»
© Ballesteros/EPA

Barcelone

Manuel Valls: «Il faut incarner l’Europe de manière vivante»

L’homme politique français «mûrit» sa décision sur une éventuelle candidature à la mairie de Barcelone aux élections de l’année prochaine

L’ancien premier ministre français était lundi à Genève à l’invitation de l’organisation pro-israélienne UN Watch. Il revient pour Le Temps sur la proposition qui lui a été faite de se porter candidat à la mairie de Barcelone.

Le Temps: L’idée que vous puissiez devenir le nouveau maire de Barcelone a suscité beaucoup d’intérêt. Comment inscrivez-vous cette possibilité dans votre parcours personnel?

Manuel Valls: Je suis engagé depuis le mois de septembre dernier contre le projet d’indépendance de la Catalogne. Bien sûr parce que je suis né à Barcelone, mais surtout en tant que dirigeant européen. Car si un vieil Etat-nation comme l’Espagne se démembrait, l’effet de cascade serait immédiat: l’Italie, la Belgique, l’Ecosse, le Pays basque en Espagne suivraient, avec des conséquences également pour la France… Dans l’Europe d’aujourd’hui, le fait que des dirigeants politiques connus s’engagent dans d’autres pays au nom de l’idée qu’ils se font de l’Europe est à mon sens une belle idée. J’ai d’ailleurs estimé que les dirigeants européens avaient trop tardé à dire aux Catalans qu’il n’y avait pas d’avenir européen possible en dehors de l’Espagne.

N’est-ce pas un pari risqué du point de vue de votre carrière politique en France?

Moi je suis un patriote français, un républicain, j’ai l’amour de mon pays. Et en même temps, je pense que l’on peut concilier son patriotisme et l’amour de l’Europe. On m’a fait une proposition concernant Barcelone qui entre dans cette même philosophie. Si l’on veut incarner l’Europe de manière vivante, au-delà de la monnaie unique, des relations commerciales ou des problèmes de sécurité et des défis migratoires, le fait qu’un dirigeant politique soit candidat dans un autre pays peut aller dans ce sens-là, a fortiori pour devenir maire d’une ville qui est une marque internationale…

Un des arguments qui ont été utilisés en Espagne est de dire que je suis en difficulté en France et que j’aurais raté ma carrière politique. Moi je veux bien, mais la vie politique française m’a beaucoup apporté (maire pendant onze ans, quatre fois élu député, ministre et premier ministre…) et je suis toujours engagé, en soutien à Emmanuel Macron, dans une période de recomposition passionnante. Mais je considère que le grand sujet actuel, c’est l’Europe. Pour servir de remède aux défis de l’époque, l’Europe doit s’incarner, parler de culture, de civilisation, de valeurs.

Le parti Ciudadanos aurait entrepris un vaste sondage pour juger comment résonne votre nom aux oreilles des Barcelonais…

Vous me l’apprenez. Moi, j’ai ma propre réflexion personnelle qui tient compte de la relation que j’ai avec la France, avec ma circonscription, avec mon engagement. Mais on n’écarte pas cette proposition d’un revers de la main. Je dois y réfléchir de manière sérieuse, y compris à la lumière du respect que je dois aux Barcelonais. Je laisse mûrir ma décision et en ferai sans doute part durant l’été.

Ce que j’ai constaté, c’est qu’en Espagne et en France, l’idée n’est pas considérée comme absurde. Elle est perçue, au-delà du parcours particulier de Manuel Valls, comme un moyen de concrétiser l’idée européenne. Je vous rappelle que pour être maire d’une ville en Espagne, il n’y a pas besoin d’être Espagnol. C’est donc l’idée européenne, la façon dont on combine les questions de nationalité et de citoyenneté européenne, qui est au centre.

On affirme que, de votre côté, vous auriez mis comme condition à votre candidature la formation d’une alliance qui regrouperait une grande partie des forces politiques non indépendantistes.

Je n’ai pas mis de conditions, et je respecte les formations politiques présentes. Mais ceux qui réfléchissent à l’avenir de Barcelone sont obligés, vu la situation politique et économique, de penser à un projet qui dépasse les frontières partisanes, cela va de soi. D’une certaine manière, il s’agit même de dépasser le débat entre les indépendantistes et les non-indépendantistes.

Vous êtes invité à Genève par l’organisation UN Watch, qui va vous remettre un prix. Or cette organisation est très controversée, en raison notamment de sa défense de la politique israélienne. Cela vous gêne-t-il?

Le combat contre l’antisémitisme est un combat civilisationnel. Cet antisémitisme a toujours existé, et il est aujourd’hui au cœur de la montée des populismes d’extrême droite, mais aussi de l’idéologie de l’Etat islamique, et il a gangrené une partie des musulmans de France. On a tué des juifs ces dernières années au nom de l’islamisme.

Il faut dénoncer aussi ce «nouvel antisémitisme» qui se trouve dans l’antisionisme. La critique de l’action du gouvernement israélien est légitime, mais la négation de l’Etat d’Israël doit être combattue, comme il faut combattre les mouvements, d’ailleurs interdits en France, qui appellent au boycott, type BDS (Boycott, désinvestissement, sanctions).

Ce combat contre l’antisémitisme et l’antisionisme, il faut le mener pour Israël mais aussi pour la paix avec la Palestine. Pour ajouter un point supplémentaire, c’est vrai que les résolutions à l’égard d’Israël, votées régulièrement, par dizaines, à New York, à Genève ou à Paris lorsqu’il s’agit de l’Unesco, étonnent par rapport à d’autres problèmes qui existent dans le monde [c’est l’un des chevaux de bataille d’UN Watch, ndlr]. UN Watch suscite donc ma sympathie et d’autres, tels Alain Finkielkraut, Philippe Val ou Nicolas Sarkozy ont aussi reçu ce même prix, je ne suis donc en rien gêné.

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