Le verbe était un tout petit peu hésitant, mais le message semblait clair. Manuel Valls a répondu à la fois en espagnol, et de son propre aveu dans le langage propre aux «hommes politiques», à la question qui lui était adressée vendredi matin sur la télévision publique espagnole: oui, du point de vue «politique et intellectuel», cela l’intéresserait de poursuivre autrement le débat sur la question de l’indépendance de la Catalogne; oui, si cela devait se préciser, l’ancien premier ministre français «réfléchirait» à la possibilité de se porter candidat à la mairie de Barcelone, lors du scrutin prévu l’année prochaine.

Le destin de la Catalogne, c’est l’Espagne. Et le destin de l’Espagne, c’est de contenir la Catalogne.

Manuel Valls

Né à Barcelone, de père catalan (et de mère tessinoise), Manuel Valls se dit ainsi prêt à mettre «ses origines» à disposition de sa Catalogne natale. Une démarche inhabituelle mais qui semble répondre à une certaine logique. Manuel Valls, comme il le soulignait encore vendredi, s’est préoccupé très vite publiquement de la course en avant lancée par les indépendantistes catalans. Sur le plateau de la télévision espagnole, il se posait à nouveau en défenseur convaincu des Etats-nations. «Le destin de la Catalogne, c’est l’Espagne, clamait-il. Et le destin de l’Espagne, c’est de contenir la Catalogne. Mais tout cela est très fragile: si on touche aux frontières, alors une guerre devient possible.»

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En France, Manuel Valls est aujourd’hui apparenté à la majorité présidentielle, après qu’il a quitté le Parti socialiste l’année dernière à la suite de son échec lors de la primaire. «La social-démocratie est en fin de cycle», assurait-il vendredi en utilisant une formule qu’il se plaît à répéter depuis lors. Et en incitant les socialistes à entrer dans un processus semblable à celui d’En marche! d’Emmanuel Macron.

«Un ami de l’Espagne»

Cela tombe bien: pareil mouvement existe aussi en Espagne, et il semble promis à un bel avenir. Créant la surprise lors des dernières élections catalanes, le mouvement Ciudadanos («Citoyens» en français) a été le parti le plus voté dans la région, et les sondages le montrent désormais menaçant le Parti populaire (PP) de Mariano Rajoy sur le plan national. La recette de son chef, Albert Rivera? Une formation jeune, qui se veut proche des intérêts des entreprises et n’est pas compromise dans les affaires de corruption qui malmènent la classe politique. Mais aussi, en rapport avec l’indépendance de la Catalogne, un discours très ferme, qui est de nature à séduire l’électorat anti-indépendantiste.

Défenseur de la monarchie et du rôle du roi dans cette crise, fier de s’afficher «patriote espagnol» (et non «nationaliste»): c’est exactement le discours tenu par Manuel Valls, qui n’en finit plus de participer en Espagne à des rencontres et des débats sur cette question. «Nous allons ouvrir les portes au talent. Monsieur Valls est un ami de l’Espagne et de l’Europe, et il mérite notre respect», affirmait à son tour Albert Rivera, en réclamant toutefois davantage de temps pour explorer la question.

Viser l’électorat espagnol «unioniste» et les ressortissants européens

Mais d’autres ont déjà sorti les calculettes. Une candidature de l’ex-chef du gouvernement français permettrait à Ciudadanos non seulement de viser l’électorat espagnol «unioniste» mais aussi les ressortissants européens qui vivent à Barcelone et disposent du droit de vote aux élections municipales. En outre, bien que presque nouveau-né, le mouvement est confronté à une vive querelle de personnes et ses militants ne semblent pas réellement convaincus par la candidate «naturelle» à la mairie, Carina Mejias, une transfuge du PP.

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La course vers l’Ajuntament de Barcelone ne serait pourtant pas un chemin de roses pour Manuel Valls. Il devrait passer par une élection primaire au sein de son nouveau parti avant d’affronter des rivaux qui n’ont pas attendu longtemps avant de sortir les couteaux. Une mairie ne sert pas à faire des débats identitaires mais «à gérer les problèmes réels des voisins», rugissait dans un tweet le chef du PP de Catalogne, Xavier García Albiol. Quant à Pedro Sanchez, le jeune dirigeant du Parti socialiste espagnol, qui affichait il y a peu encore sa proximité avec Manuel Valls, il se faisait lui aussi assassin: «Notre projet politique n’est pas celui qu’il défend actuellement.»


ETA demande pardon

L’organisation basque ETA a pour la première fois vendredi demandé «pardon» à ses victimes, préambule à la dissolution unilatérale du groupe séparatiste, l’un des plus anciens à mener une lutte armée en Europe.

«Nous sommes conscients d’avoir provoqué durant cette longue période de lutte armée beaucoup de douleur et des dommages irréparables», écrit l’organisation Euskadi Ta Askatasuna (ou «Patrie et Liberté» en français) dans un communiqué historique pour l’Espagne.

«Nous voulons manifester notre respect aux morts, aux blessés et aux victimes des actions de l’ETA […] Nous le regrettons sincèrement», poursuit l’organisation. Le texte s’adresse ensuite aux «victimes qui n’ont pas directement participé au conflit», c’est-à-dire aux civils qui n’étaient ni élus, ni policiers, ni gardes civils: «Nous demandons pardon à ces personnes et à leurs familles. Ces mots ne résoudront pas ce qui s’est passé et n’atténueront pas tant de douleur. Nous le disons avec respect, sans vouloir provoquer plus d’affliction.»

Cette demande de pardon et la dissolution à venir permettront, espèrent les proches de détenus membres de l’ETA, une évolution de la politique pénitentiaire de l’Espagne et de la France, passant par un rapprochement des détenus dans des prisons près de chez eux et des libérations conditionnelles pour ceux qui n’ont pas commis de crimes de sang.

(AFP)