«Ma première responsabilité: réformer la France»

Politique Le gouvernement français a, comme prévu, survécu à la motion de censure

Manuels Valls devra néanmoins batailler pour faire voter d’autres textes par la gauche

Il suffisait de regarder l’hémicycle de l’Assemblée nationale française pour comprendre que la bataille remportée jeudi soir par Manuel Valls en annonce sûrement d’autres.

Coincés par la décision du premier ministre d’engager, mardi, la responsabilité de son gouvernement sur le projet de loi Macron consacré à la «croissance et à l’activité», la plupart des élus socialistes opposés à ce texte avaient préféré ne pas se présenter dans les travées, par ailleurs clairsemées. Résultat: une motion de censure présentée par l’opposition de droite à partir de 16 heures et votée, vers 18h45, par 234 députés sur 577 (dont les élus communistes et une écologiste), alors qu’il en aurait fallu 289, soit la majorité absolue, pour renverser le premier ministre. Et un Manuel Valls conforté à l’issue de ce bras de fer déclenché sur un texte qu’il considère comme le «marqueur» de sa volonté de réformes: «Les Français jugeront qui sont les réformateurs et les conservateurs, lesquels existent aussi à gauche avait-il pris soin d’asséner dans sa réponse aux deux partis de droite résolus à le censurer: l’UDI et l’UMP. Ils verront qui défend les conservatismes et les rentes. L’alliance des immobilismes n’est pas un projet.»

Difficile, pourtant, de croire que la démonstration d’autorité du locataire de Matignon, cautionnée par un François Hollande beaucoup moins porté sur la confrontation, va «fluidifier» le quinquennat en cours. Au contraire. Par son absentéisme – une dizaine de frondeurs sur une quarantaine, ont fini par se montrer – la frange anti-Valls du PS a, en fait, différé le face-à-face. «Nous savions qu’au terme de ce vote bloqué, la loi Macron serait de toute façon adoptée en première lecture, juge Jean-Marc Germain (Hauts-de-Seine), l’un des contestataires. Nous allons donc attendre qu’elle revienne de son examen au Sénat pour voir si nos demandes, comme le doublement des salaires le dimanche, seront enfin prises en compte.» Les leaders des frondeurs comme l’ancien ministre de l’Education Benoît Hamon, rappelaient, eux, que l’article 49.3 ne peut désormais être utilisé qu’une fois par session et que d’autres coups de semonce sont possibles avant le congrès du PS, du 5 au 8 juin à Poitiers: «Valls se retrouve dans la position du chef qui a gagné, mais sans réussir à prendre l’avantage décisif sur ses adversaires», estime un cadre du Parti socialiste. Un scénario qui, entre 1988 et 1992, vira au cauchemar pour un autre premier ministre réformateur assumé et in fine évincé: Michel Rocard, dont l’actuel chef du gouvernement était un jeune conseiller…

L’autre grand absent du débat était bien sûr, hier, le président français, qui reçoit ce vendredi Angela Merkel à Paris, dans le cadre de la présidence allemande du G7, les 7 et 8 juin à Elmau (Alpes bavaroises). Toujours plombé par son impopularité et très inquiet d’une forte progression de l’extrême droite aux départementales des 22 et 29 mars, François Hollande sait qu’il ne peut pas prendre le risque d’un déchirement au congrès du PS. Il se méfie donc, tout en les encourageant, des velléités sociales-libérales de Manuel Valls. Lequel martèlera à nouveau son réformisme lors de la réunion de l’Internationale socialiste samedi à Madrid, aux côtés de l’Italien Matteo Renzi et du nouveau leader du PS espagnol, Pedro Sanchez. «Hollande s’est quand même déclaré ennemi de la finance en 2012, juge l’historien Jean Garrigues. Il ne veut pas non plus rejeter la Grèce de Syriza, même s’il choisira toujours Berlin plutôt qu’Athènes. S’il veut continuer d’avancer, Valls va par conséquent devoir aussi faire preuve d’autorité à l’égard de l’Elysée.»

Matignon, pour l’heure, préfère savourer. Prochaine étape: Manuel Valls réunira le 25 février les partenaires sociaux qu’il devait voir jeudi. Pour annoncer d’autres chantiers? Le patronat français, en tout cas, le réclame. «Il est impératif d’adapter l’économie française au monde qui change et de lever les obstacles à la croissance et à l’emploi», a-t-il rappelé hier dans un communiqué. Sitôt la motion de censure rejetée…

«Valls se retrouve dans la position du chefqui a gagné, mais sans prendre l’avantage décisif»