Il lui faudra faire oublier François Hollande. Mais aussi faire oublier le Manuel Valls qui jugeait encore, voici peu, que les deux gauches françaises sont «irréconciliables». En annonçant lundi dans sa ville d’Evry sa démission de Matignon et sa candidature à la présidentielle, via la primaire de la «Belle alliance populaire» des 22 et 29 janvier prochains, le premier ministre Français s’est fixé un cap de rassemblement à gauche et au-delà de celle-ci qui sera difficile à tenir.

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Dans un discours ponctué par une profusion de «je», par l’expression de son affection pour François Hollande, et par le souci de parler à toutes les catégories d’électeurs, Manuel Valls s’est surtout affranchi du bilan qu’il a pourtant promis de défendre, après le renoncement du président de la République à briguer un second mandat. Avec un objectif: apparaître à la fois comme l’homme de la «conciliation et de la réconciliation», comme le meilleur rempart contre la droite «qui veut tout démanteler», et comme un candidat porteur d’avenir, capable de parler aux «jeunes créatifs» tout en insistant sur le fait que «le travail est une valeur».

A 54 ans, l’ancien député-maire PS d’Evry (2001-2012) et ancien ministre de l’intérieur (2012-1014) est en fait engagé dans une triple bataille. La première sera celle de la primaire, qui le verra s’affronter à son ancien ministre du redressement productif Arnaud Montebourg, largement vainqueur aux points lors de la primaire socialiste de 2011 (17% contre 5,6%). La seconde sera celle du rassemblement au-delà de ce scrutin, auxquels deux poids lourds refusent de participer: le candidat de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon (11,1% à la présidentielle de 2012) et l’ancien ministre de l’économie Emmanuel Macron, orienté vers le centre. Troisième bataille enfin, s’il sort vainqueur des deux précédentes: celle qui l’opposera aux deux candidats donnés finalistes par les sondages: François Fillon, auréolé de son succès massif à la primaire de la droite, et Marine Le Pen, portée par la dynamique du Front national, premier parti du pays depuis les régionales de décembre 2015.

Comme atouts, le premier ministre sortant – le nom de son remplaçant devrait être annoncé mardi matin – peut compter sur une équipe soudée qui part avec lui de Matignon, et sur son expérience qu’il n’a cessé, hier, de mettre en avant face aux défis économiques et sécuritaires de la France et de l’Europe. Point faible en revanche: difficile, après avoir clivé la majorité socialiste durant trois ans, d’appeler à «Faire gagner tout ce qui nous rassemble». L’ancienne patronne du PS Martine Aubry a déjà pris ses distances. Christiane Taubira pourrait faire de même. S’y ajoute une incertitude: la mobilisation des électeurs pour cette primaire, à l’issue d’un quinquennat marqué par l’impopularité record de l’exécutif.


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