On disait Manuel Valls tendu. Crispé. Furieux même ces derniers jours contre François Hollande au point d'avoir confronté ce dernier, et de l'avoir sans doute conduit à renoncer à un second mandat.

Changement de posture ce soir, à Evry, la ville de banlieue parisienne dont il fut le député-maire, pour son annonce de candidature à l'élection présidentielle d'avril- mai 2017. C'est un Manuel Valls résolu à ratisser le plus large possible lors de la primaire de la gauche qui s'est exprimé pendant près d'une demi-heure. Autour d'un triptyque qui constituera à l'évidence sa thématique de campagne, dans l'espoir de remporter le scrutin des 22 et 29 janvier prochain et de pouvoir, ensuite, défier François Fillon, Marine Le Pen, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon pour la course à l'Elysée. Ancrage populaire, expérience politique, capacité à réformer pour l'intérêt collectif. Le tout, assorti d'une promesse personnelle qui - connaissant son caractère ombrageux - témoigne de l'intense travail de préparation et de communication effectué par son équipe: «Je m'engage à débattre dans le respect, avec le sens de l'écoute, sans jamais dénigrer...»

Sur l'orientation politique générale du candidat Valls, deux remarques s'imposent à l'issue de ce premier discours conçu pour marquer les esprits après le renoncement de François Hollande.

Valls, en référence stable et solide

La première est que le chef du gouvernement sortant - il quittera ses fonctions mardi - entend rassembler sur sa personne. L'emploi du «Je» à de multiples reprises, et son «engagement à tout donner pour la France» faisaient même, parfois, penser à l'approche de Nicolas Sarkozy en 2007. Manuel Valls, sans doute sur la base de fines études électorales, a frappé ce soir là où cela fait mal pour son adversaire principal Arnaud Montebourg, en se définissant comme l'archétype du serviteur régalien en qui on peut avoir confiance. Face au tourbillon Montebourg (donc synonyme d'instabilité), Valls se positionne en référence, comme quelqu'un de solide et de stable, y compris sur les questions de défense et d'ordre public. Parler de «laïcité bouclier» comme il l'a fait est calculé. Car il sait qu'aucun candidat aux primaires ne peut l'affronter sur ce terrain. L'expérience des attentats de 2015 et 2016 est passée par là.

Un rassemblement visant à dépasser la gauche

La seconde remarque est tactique. Manuel Valls, en reléguant l'économie en fin de discours, en faisant l'éloge des jeunes générations et en tapant sur la droite qu'il accuse de vouloir démanteler l'Etat, s'est en réalité positionné comme candidat à une primaire bien plus large que celle de la gauche. Son pari audacieux est de croire que, contrairement aux apparences, les électeurs français prendront goût aux débats de ce nouveau scrutin antichambre et qu'ils seront très nombreux à voter. Un rassemblement réinventé, qui lui permet aussi, sans l'affronter directement, de se battre d'emblée sur le terrain du renouveau qui sera celui de l'ancien ministre de l'économie Emmanuel Macron, résolu, lui, à ne pas passer par la case primaire. 

Un homme auquel on peut faire confiance, et qui met la loyauté au coeur de son propos, répétant son attachement à François Hollande. Mais un homme qui n'entend pas être celui du bilan de ce quinquennat. Pas un mot, d'ailleurs, sur ce fameux bilan. Tout le propos de Valls a porté sur l'avenir. Il y avait dans cette omission une forme d'aveu: Manuel Valls sait qu'il devra, pour s'imposer, rompre sans déchirer.

Tout va dès lors dépendre de l'intensité des attaques qui seront portées contre lui. Et de son attitude lors des débats télévisés ou durant la campagne. «Rien n'est écrit» a-t-il martelé à propos des actuels sondages qui donnent pour presque sûre une finale Fillon-Le Pen au second tour de la présidentielle, le 7 mai 2017. Or cela est aussi vrai pour la primaire lors de laquelle il devra s'employer à gommer son image de favori, et d'héritier d'un quinquennat. Lequel, même s'il n'est pas encore achevé, appartient déjà au passé. 


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