États-Unis

Mar-a-Lago, l’autre Maison-Blanche

Donald Trump recevra ce jeudi le président chinois dans sa résidence de Floride, nouveau lieu de pouvoir au cœur d’intrigues. Près de 500 privilégiés font partie du Club pour lequel les frais d’inscription s’élèvent à 200 000 dollars. Ils paient pour être proches du président des Etats-Unis

Mar-a-Lago est le lieu de tous les superlatifs. Il suffit de visiter le site internet de son Club pour s’en convaincre. Chaque mercredi, un buffet de fruits de mer «six étoiles» est servi dans le patio central pour ses membres «exclusifs», et il est possible d’y organiser des mariages somptueux dans le «Donald J. Trump Grand Ballroom». En plein cœur de Palm Beach, le complexe, qui comprend en tout 128 salles réparties sur 10 000 m2, cinq courts de tennis, des terrains de croquet, de golf et plusieurs piscines, s’étend sur huit hectares de pelouse bichonnée, avec vue sur l’océan. C’est l’un des clubs privés les plus prisés au monde, se vante le site.

Il l’est encore davantage depuis que le président américain, qui en est propriétaire, s’y rend régulièrement les week-ends. Donald Trump y a reçu des dirigeants étrangers. Il y a défié le premier ministre japonais, Shinzo Abe, au golf. Et ce jeudi, il y reçoit le président chinois pour une rencontre déjà qualifiée de «très difficile». Xi Jinping ne passera même pas par la Maison-Blanche.

L’épisode nucléaire au restaurant

C’est là aussi que Donald Trump a organisé sa fête de mariage avec Melania, en 2005, devant 350 invités dont le couple Clinton. Là, qu’il recevait, à peine élu, des futurs membres de son cabinet. Il en a même fait sa «Situation Room», se moquent des médias américains: les photos montrant Donald Trump en pleine séance de crise, discutant avec Shinzo Abe d’un tir de missile nord-coréen, lors d’un repas sur une terrasse de restaurant, et donc à la vue de tous, ont fait polémique. Comme le selfie posté sur Facebook, ce même 11 février, par un investisseur à la retraite, montrant «Rick», l’homme qui tient la fameuse mallette avec les codes nucléaires censés suivre le président partout. En clair, Donald Trump ne fait pas que s’y reposer: Mar-a-Lago est devenu un lieu de pouvoir.

Il est donc possible d’y croiser le président américain faire les cent pas sur une pelouse, voire dans un des salons du Club, quand il décide de quitter ses appartements privés un peu retranchés. Mais déambuler comme lui dans ce palace kitsch aux allures hispanico-mauresques et vénitiennes – «un steakhouse de Washington dopé aux stéroïdes sur une place de jeu ensoleillée pour riches et puissants», préfère dire le New York Times - a un coût: il faut désormais débourser environ 200 000 dollars pour devenir membre du Club. Depuis l’investiture de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis, les frais d’adhésion ont doublé. Les cotisations annuelles tournent, elles, autour de 14 000 dollars.

Des Suisses comme membres

Le Club, qui a reçu le «Six Star Diamond Award» en 2008, aurait encaissé près de 30 millions de dollars de recette de juin 2015 à mai 2016. Il compte environ 500 membres, souligne le New York Times. Des promoteurs immobiliers, des financiers de Wall Street, des hommes d’affaires à succès, essentiellement. Des Suisses font partie de ces «happy few». C’est le cas par exemple de l’entrepreneur zurichois Urs Lehmann et sa femme, ainsi que de Laetitia Rittmeister, auteur et liquidatrice de Temenos AG, précise Swissinfo.

Déjà, des voix s’élèvent pour dénoncer les coûts élevés liés à la sécurité du président américain lorsque ce dernier se ressource dans sa résidence de Floride. Des coûts qui s’ajoutent aux frais induits par la surveillance de la Trump Tower, à Manhattan, où sa femme et son fils Barron résident l’essentiel du temps. Selon les calculs de CBS, ils représenteraient plus de 3 millions de dollars pour les contribuables américains, à chaque fois que Donald Trump fait une escapade dans sa «Maison Blanche d’hiver» de Mar-a-Lago. Surtout, les démocrates du Congrès exigent de connaître les visiteurs et membres privilégiés de ce complexe, qui paient de fait le président pour pouvoir faire partie de son club. Une situation unique dans l’histoire des Etats-Unis, qui ne fait que mettre en exergue les risques de conflits d’intérêts et de commercialisation de la présidence.

Donald Trump l’achète en 1985

La résidence de Mar-a-Lago a une curieuse histoire. Elle a été construite entre 1924 et 1927 par Marjorie Merriweather Post, une riche héritière d’un empire céréalier – elle était notamment propriétaire de General Foods. A son décès en 1973, le domaine, qui s’étendait alors sur 69 000 m2, a été offert au gouvernement américain: Marjorie Merriweather Post espérait en faire la résidence officielle d’hiver du président des Etats-Unis. Mais ni Richard Nixon ni Jimmy Carter n’en profitent. En 1981, le gouvernement, en raison des coûts divers liés à l’entretien de la propriété et des problèmes de sécurisation des lieux, a préféré rendre le complexe, devenu un bien historique national, à la Fondation Post, qui le met en vente pour 20 millions de dollars.

C’est à ce moment que Donald Trump intervient. Après quelques hésitations – il envisageait d’autres propriétés –, il finit par racheter le domaine quatre ans plus tard. Pour cinq millions de dollars. Il rajoute trois millions pour le rachat des meubles et éléments de décoration. Il aurait fait baisser les prix en menaçant de construire une tour sur un terrain acheté entre le complexe et la mer, de façon à boucher la vue.

Devenu finalement propriétaire de Mar-a-Lago, le milliardaire new-yorkais le rénove, l’agrandit, construit notamment une salle de bal de 1900 m2 qui s’ajoute aux 33 salles de bains et 58 chambres à la décoration clinquante qui imite le style Louis XIV. Confronté à des problèmes financiers, il transformera par la suite le domaine en club privé. C’est en avril 1995 que le Mar-a-Lago Club, qui suscite aujourd’hui l’intérêt de ceux qui cherchent à se rapprocher de Donald Trump, voit officiellement le jour.

Donald Trump a en quelque sorte exaucé les vœux de Marjorie Merriweather Post: Mar-a-Lago, malgré sa transformation, a bien fini par devenir la résidence d’hiver officielle du président des Etats-Unis. Et visiblement, Donald Trump ne compte pas juste profiter de l’agréable hiver de Floride pour y résider.

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