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Marc Berrebi a fondé en 2000 la société eDevice, sur le créneau des objets connectés (ampoules, frigidaires, machines à café, pacemakers, etc.). L’entreprise a un pied à Mérignac, près de Bordeaux, l’autre aux Etats-Unis. 
© Lea Kloos

PORTRAIT

Marc Berrebi & Marco

Il est né à Tunis, a invité Gainsbourg sur sa radio libre en 1981, a importé les premiers ordinateurs depuis les Etats-Unis, connecte aujourd’hui les pacemakers et colle avec son ami JR d’immenses portraits sur les murs du monde

L’année 1968 importe beaucoup pour lui. Non pas pour ce que l’on sait (mai, les barricades, «sous les pavés, la plage!») mais parce qu’il débarquait de Tunisie (son pays natal) et que, désordre oblige, il fut inscrit par erreur dans une école… de filles. Et apprit à broder des napperons. Histoire vraie.

Mais qui sait si la méprise ne fut pas, au final, heureuse? Car cinquante ans plus tard, Marc Berrebi allie business et poésie. Il est à la fois un homme d’affaires accompli et un accompagnateur (c’est ainsi qu’il se définit) d’artiste. On aime donc à penser que la pratique de la couture l’a aiguillé très tôt vers un autre monde, imaginaire, créatif.

Passe-frontière

Marc Berrebi a fondé en 2000 la société eDevice, sur le créneau des objets connectés (ampoules, frigidaires, machines à café, pacemakers, etc.). L’entreprise a un pied à Mérignac, près de Bordeaux, l’autre aux Etats-Unis. Lui vit à Genève, où le groupe Reuters l’a appelé en 1999. La courtoisie et la tranquillité helvètes ont apaisé son cerveau bouillonnant et réveillé en lui l’autre Marc, celui qu’il nomme Marco, féru de culture, un brin contemplatif, à l’affût de ce qui transcende l’humain: l’art. Marco est depuis quinze ans l’ami, le logisticien et le conseiller de JR, le photographe français, homme qui a fait du street art un langage urbain qui émeut autant le géopoliticien que le passant.

Retour en Méditerranée. Marc Berrebi est né à Tunis, dans une famille juive «qui a toujours vécu là-bas». «On y est depuis 586 avant Jésus-Christ, nous ne sommes pas des pieds-noirs», insiste-t-il. Cent mille juifs en 1956 lors de l’indépendance, 1300 aujourd’hui, dont son père, l’ancien fabricant de chemises qui continue à passer d’une rive à l’autre au gré des saisons et des agitations.

A Paris, Marc décroche le bac en 1981 et salue l’élection de François Mitterrand en humant le nouvel air de liberté. Il squatte avec des copains la bande FM et lance une radio sans aucune autorisation. «De la musique, de la parlotte de 20h à 8h du matin, Gainsbourg est venu causer en direct, Cohn-Bendit aussi», se souvient-il. Une école de commerce, une première entreprise vite créée, spécialisée dans les algorithmes financiers.

Télétravail 

Marc dit qu’il adore les calculs. Il s’installe à New York «parce que le marché était là-bas». Travaille à distance, ce qui à l’époque était une gageure. «Les connexions internet étaient encore si lentes, je téléchargeais mes e-mails le soir pour pouvoir les lire le matin à 8h», sourit-il. Il est un fervent adepte du travail au domicile «parce qu’être avec ses enfants (il en a trois) matin, midi et soir ancre dans le réel».

Début des années 1990, il vend en France les premiers Mac et PC, «dans les 50 000 francs l’appareil». Et il est parmi les premiers distributeurs d’Apple et IBM. Et puis ce sera eDevice et la connexion médicale. «On réduit de 78% le risque de retourner aux urgences quand il y a un suivi des patients à distance, on anticipe les risques postopératoires», résume-t-il. Il cumule les distinctions, notamment le titre de la plus belle entreprise technologique de France en 2016, dans le classement de l’Expansion. Il a revendu cette année-là sa société – tout en gardant la main – à iHealth, un fabricant américain d’objets connectés, «ce qui permet de diffuser plus largement nos technologies et d’avoir un meilleur accès aux marchés étrangers».

Lire aussi: La méthode JR, «artiviste» de rue et perceur d'âme

Il fait un jour un break, jette un œil sur sa bucket list (les rêves d’une vie) et s’arrête sur le mot art. Marco prend le relais et file à Montfermeil, une banlieue parisienne, où un gamin, Tunisien lui aussi, pose sur les murs deux initiales et des portraits de jeunes du quartier. Marco raconte: «JR est purement un artiste, je lui ai proposé de gérer le reste parce que c’est dans mes compétences – les contrats, la gestion, les lieux complexes où il voulait travailler, le plus souvent à risques car en guerre ou sans aucune sécurité.»

Happenings

En 2007, tous deux montent Face2Face, la plus grande expo illégale jamais organisée, dans huit villes israéliennes et palestiniennes. Portraits géants de personnes exerçant de part et d’autre de la barrière de sécurité la même profession: chauffeur de taxi, enseignant, vigile, athlète, religieux, acteur, artisan. «On s’est sans cesse demandé quand on allait être arrêté, mais nous sommes allés jusqu’au bout, ce qui nous a bluffés», confie Marco.

Cette performance est le point de départ d’une série de happenings à travers le monde (Liberia, Cuba, Los Angeles, New Delhi, favela de Rio, Kenya, Shanghai, Vevey, Baden-Baden, Le Cap, Marseille, Luanda, etc.). Marco gère à Paris et New York une équipe d’une vingtaine de personnes recrutées par JR et lui-même. Les collages parfois longs de 55 mètres nécessitent une logistique très lourde et des échafaudages titanesques. Ils ont présenté l’an passé à Cannes Visages Villages, réalisé par Agnès Varda et JR. Tous deux travaillent actuellement sur une fresque rassemblant une centaine de photos de femmes et d’hommes sur un mur de Brooklyn. Des visages démesurés, des regards graves, doux ou narquois qui interpellent. Marco dit simplement: «J’aime les gens comme JR qui sont du côté de la question, pas de la réponse.»


Profil

1962 Naissance à Tunis.

1989 Mariage et naissance d’un premier enfant.

1997 Arrivée à Scarsdale, New York.

2006 «Face2Face» au Proche-Orient avec JR.

2015 Citoyenneté suisse après seize ans à Genève.

2018 Préparation à la vie après l’entrepreneuriat.

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