Cet article fait partie d'un supplément publié par Le Temps pour les deux ans de son partenaire sur la Genève internationale, Geneva Solutions.

Le secteur financier genevois, des gestionnaires de fortune aux traders en passant par les acteurs des banques commerciales, représente environ 35 000 emplois dans la ville et 13% de son économie. Les coffres bien garnis de ses dynasties séculaires de banquiers privés ont également contribué à la naissance de la Genève internationale, de ses fondations et de ses activités philanthropiques, parmi lesquelles le groupe Pictet.

Marc Pictet, associé gérant de la société familiale, est l’un des nouveaux visages de cette rencontre entre finance et multilatéralisme, après avoir pris la tête de la Fondation pour Genève il y a deux ans. Il parle à Geneva Solutions de la transmission de l’héritage de son oncle Ivan Pictet, l’un des principaux défenseurs de la Genève internationale, et du rôle du secteur financier dans l’élaboration de son avenir.

Geneva Solutions: Cela fait deux ans que vous avez pris la présidence de la Fondation pour Genève. Comment voyez-vous l’avenir de la Fondation et de la Genève internationale?

Marc Pictet: Pour pouvoir répondre à cette question, nous devons nous interroger sur l’avenir du multilatéralisme et de la globalisation, mais aussi sur l’avenir de la Suisse et de nos institutions, de la solidité de notre système et enfin de notre neutralité. L’avenir nous le dira précisément. Quoi qu’il en soit, la Fondation pour Genève continuera à œuvrer aux côtés des autorités suisses et genevoises en faveur de la Genève internationale, en mobilisant le secteur privé et en proposant des solutions innovantes. Je suis convaincu que les partenariats public privé, comme le Geneva Science and Diplomacy Anticipator (GESDA) ou le Portail des Nations [un nouveau centre d’accueil pour la Genève internationale qui ouvrira ses portes en 2025 - ndlr], sont la voie à suivre.

L’engagement du secteur financier en faveur de la Genève internationale est lié à des personnalités très engagées comme Ivan Pictet. Vous voyez-vous marcher sur ses pas?

Je suis encore loin de tout ce qu’a réalisé Ivan Pictet, mais j’ai la volonté de poursuivre sur la voie qu’il a tracée.

La Fondation pour Genève s’y emploie notamment en mettant en valeur les pôles d’expertise de la Genève internationale, par exemple au travers de nos rapports sur l’urgence climatique ou les défis de la santé globale, etc. Nous contribuons également à l’accueil des collaborateurs internationaux, des ambassadeurs et des diplomates, grâce au Cercle international de la Fondation pour Genève, au Club diplomatique et au Réseau d’accueil du CAGI. Notre réseau peut compter sur l’aide de 100 bénévoles, y compris les membres de notre conseil de fondation, et accomplit un travail de fond remarquable. Tous ensemble, nous organisons plus de 300 événements par an, pour accueillir et intégrer ces expatriés à Genève. Nous espérons ainsi qu’à leur départ, ils deviendront nos ambassadeurs à travers le monde et évoqueront Genève en termes très positifs pour sa qualité d’accueil, mais aussi comme un lieu de dialogue et d’influence où l’on peut construire des ponts et beaucoup apprendre.

Vous consacrez votre temps à la Fondation pour Genève tout en travaillant également comme associé gérant de Pictet. Comment arrivez-vous à jongler avec ces deux responsabilités?

Quand Ivan Pictet m’a approché pour prendre cette responsabilité, il m’a dit: «Si c’est quelque chose qui compte pour toi, tu trouveras toujours le temps nécessaire pour t’y consacrer.» Et il avait raison. En outre, cette fonction m’aide à apporter une nouvelle perspective à mon travail quotidien. Le privilège de pouvoir échanger avec Tatiana Valovaya, la directrice générale de l’ONU à Genève, avec les responsables d’autres agences de l’ONU et de nombreuses autres personnalités me permet d’avoir un autre regard sur les enjeux communs. Le changement climatique ou encore la santé globale nous occupent beaucoup en tant qu’acteur financier. Nous échangeons donc nos points de vue qui, s’ils sont différents, restent néanmoins complémentaires.

Les défis d’aujourd’hui sont énormes et ils sont mondiaux. Comment la place financière de Genève peut-elle mieux contribuer à les relever?

La finance durable est clairement l’une des réponses et Genève est devenue un pôle de référence dans ce domaine. Avec sa longue expertise en matière de gestion d’actifs, la présence d’ONG et d’organisations internationales de premier plan, mais aussi avec ses multinationales, l’écosystème genevois n’a pas son pareil dans le monde. J’en veux pour preuve que Genève accueillera la 3e édition de Building Bridges du 3 au 6 octobre. Placé sous le patronage de l’ONU et de la Confédération suisse, Building Bridges définit l’agenda international de la durabilité depuis sa création en 2019. Genève dispose de l’écosystème parfait pour faire le lien entre la finance et les objectifs de développement durable des Nations unies (ODD).

Pictet a-t-il actuellement des projets impliquant des organes de l’ONU ou des ONG basées à Genève?

Les objectifs de la Fondation du groupe Pictet sont essentiellement orientés vers des initiatives mettant l’accent sur la nutrition et l’accès à l’eau. La Fondation apporte également un soutien financier pour répondre aux défis humanitaires et soutient de longue date les grandes organisations humanitaires à Genève, comme le Comité international de la Croix-Rouge et Médecins sans frontières, ainsi que de nombreuses ONG internationales basées à Genève. Au niveau local, la Fondation soutient un certain nombre d’œuvres caritatives, ainsi que des institutions culturelles majeures telles que le Grand Théâtre. Nous organisons également des activités de bénévolat pour permettre à nos plus de 5000 collaborateurs d’y consacrer un peu de leur temps.

Genève a une longue tradition et culture philanthropique. Comment voyez-vous l’évolution de cette culture?

Jusqu’à récemment, la philanthropie consistait à contribuer au bien commun essentiellement par des dons. Mais aujourd’hui, nous évoluons vers un modèle que je considère comme plus intéressant encore, qui consiste à contribuer au bien commun en s’assurant davantage de la viabilité du projet. Ce modèle limite de ce fait une dépendance qui peut devenir dangereuse pour une organisation au fil du temps.