Hassan Li vend de tout. Dans sa boutique du quartier du Centenaire, non loin du centre de Dakar, les fers à repasser sont alignés à côté des postes radio, les produits de beauté côtoient les jouets, et les vêtements sont accrochés à côté de chaussures. «Et le tout se vend bien», assure cet Ouïghour installé au Sénégal depuis neuf ans. Comme tous les commerçants chinois de Dakar, Hassan Li a un atout de taille: ses prix, bien moins chers que dans les autres commerces, sont à la portée du plus grand nombre de Sénégalais. «Là où tu dois mettre 50000 francs CFA pour habiller six enfants, ici avec seulement 20000 ton problème est réglé et il peut même te rester de la monnaie», se réjouit Daouda Gassama, un client habitué des magasins chinois du Centenaire.

Un nouveau magasin chaque semaine

Au départ quelques individus isolés, installés à Dakar, les commerçants chinois au Sénégal sont aujourd'hui estimés à plusieurs centaines. Et selon l'Union des commerçants et industriels du Sénégal (Unacois), chaque semaine il y a un nouveau magasin chinois qui ouvre ses portes quelque part dans le pays. «C'est un phénomène qui dépasse le seul cas du Sénégal. Ils sont partout en Afrique. De Casablanca au Cap, de Dakar à Dar es Salam», explique Amadou Bira Guèye, journaliste économique sénégalais. Une situation qui n'est pas étrangère au récent rapprochement économique entre la Chine et la plupart des pays africains. «Avec ses 700 millions de consommateurs et son taux de croissance du PIB de 6%, l'Afrique constitue pour la Chine un vaste marché pour ses produits manufacturés. Et l'économie chinoise avec ses besoins énormes en matières premières sert aussi de débouché pour bon nombre de produits africains: du pétrole soudanais, au poisson mauritanien, en passant par le coton malien ou burkinabé, sans oublier le cuivre, le fer ou le cobalt des pays d'Afrique australe, ou encore le bois des pays forestiers.»

Pékin est désormais le deuxième partenaire commercial de l'Afrique, juste derrière la France, mais loin devant les Etats-Unis et le Royaume-Uni. De quoi susciter l'émoi des puissances économiques occidentales qui redoutent la réduction de leurs échanges avec l'Afrique, jusqu'ici leur chasse gardée. Mais aussi des organisations des droits de l'homme qui dénoncent l'absence des critères éthiques et des principes de bonne gouvernance dans l'établissement des partenariats entre Pékin et les pays africains. En Afrique également la poussée chinoise fait grincer des dents. Depuis septembre 2004, la principale fédération syndicale sud-africaine, critique les vendeurs de produits chinois, accusés de contribuer à la montée du chômage. Au Cameroun, après plusieurs actions de protestations, des commerçants, ont décidé de mettre la clé sous le paillasson. Au même moment, au Sénégal, où la concurrence des produits chinois menace de faire disparaître de nombreuses entreprises locales, le Spids, les syndicats des industries, tire la sonnette d'alarme.

Dans sa boutique du Centenaire, Hassan Li reconnaît qu'il n'est pas indifférent à de telles protestations. Mais le commerçant ouïghour n'est pas prêt à quitter le Sénégal. «J'observe tout ça avec attention. Mais cela ne m'inquiète pas. Je suis plutôt soucieux de mes affaires. Et pour l'instant elles marchent. Et tant que c'est le cas, je ne vois pas pourquoi je devrais partir d'ici. Je suis venu pour gagner de l'argent non?»