Toujours ministre. Pas encore candidat. Mais plus que jamais en état de contestation permanente et sur le fil du rasoir au sein d’un gouvernement dont il semble ne plus rien attendre. A l’heure d’écrire ses lignes, Emmanuel Macron continuait de surfer sur la vague d’adhésion et de critiques qu’a suscité le premier meeting public de son mouvement En Marche!, la veille de la fête nationale du 14 juillet. Version officielle: le ministre rebelle entend rester en fonction tant que ses supérieurs, le premier ministre Manuel Valls et le président François Hollande – ne lui auront pas montré la porte, car il aime l’action, et «n’est pas un déserteur» selon un de ses conseillers. Version officieuse distillée par Matignon, après les attaques répétées de Manuel Valls ces dernières 48 heures: le compte à rebours de son départ est enclenché, et le calme relatif de l’été est propice à son remplacement. L’hypothèse d’un départ annoncé aujourd’hui, après le traditionnel défilé militaire, n’était pas écartée hier du côté de l’exécutif.

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Ironie du calendrier: le jeune ministre français de l’Economie risque en tout cas de devoir très vite faire ses bagages de Bercy, l’imposante forteresse des ministres en charge de l’Economie et des Finances, deux ans pile après le départ de son tonitruant prédécesseur Arnaud Montebourg. Lequel, pour avoir critiqué vertement Manuel Valls sur sa gauche, s’était brutalement vu remplacé fin août 2014 par un Emmanuel Macron alors inconnu du grand public, venu tout droit de l’Elysée où il avait officié comme secrétaire général adjoint. Clin d’oeil de l’histoire, le grand argentier Michel Sapin, avec lequel ses mésententes sont légion, s’est d’ailleurs plu lundi à rappeler à quelques journalistes que jadis, sous François Mitterrand, Pierre Beregovoy avait cumulé un grand ministère d’Etat «de l’économie et des finances».

Pour le reste, le meeting de la Mutualité de mardi a rendu un verdict attendu. Emmanuel Macron aime les bains de foule, les meetings et les sympathisants qui scandent «Macron Président». Une chorégraphie à l’américaine, où quelques invités chauffent la salle en racontant tout le bien qu’ils pensent de leur «héros» ou potentiel allié. Un long discours prononcé sans pupitre ni papier, grâce à des prompteurs transparents fait pour valoriser l’image et la mobilité de l’orateur. Une chemise blanche col ouvert, sans cravate. Et l’accent mis, à tous les instants, sur la proximité entre le ministre-vedette et les adhérents d’En Marche!: gros plan sur son sourire, sur les saluts adressés de la main, sur les étreintes qui disent l’affection et la volonté de «marcher» ensemble…

«L’espoir» et la «refondation» au cœur de son discours

Emmanuel Macron, 38 ans depuis décembre, a beaucoup à apprendre en terme de meetings électoraux. Dans la salle de la Mutualité comble, cernée par un cordon de CRS pour le protéger des protestataires hostiles à la réforme du code du travail qu’il aurait aimé défendre lui-même, le ministre fétiche des médias a parlé trop longtemps, près d’une heure trente. Il a aussi, à plusieurs reprises, semblé presque ébloui par son succès, regardant la salle et le balcon pleins à craquer de sympathisants comme s’il s’agissait d’un miroir. Mais pour le premier rendez-vous politique d’un mouvement né le 6 avril et encore peu structuré, la forme était au final réussie. Avec, au passage, une belle photo politico-familiale: Emmanuel Macron en politique prometteur, son épouse Brigitte Trogneux en conjointe protectrice et déjà presque première dame, le maire de Lyon Gérard Collomb en mentor et l’écrivain Alexandre Jardin – fondateur du mouvement associatif des «Zébres» – en intellectuel trublion et en qualité de lien avec la société civile. Dans le public: la présence de l’ancien banquier Jean Peyrelevade ou celles de plusieurs ex-conseillers de feu Michel Rocard.

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Le message? «L’espoir» et la «refondation», deux mots répétés sans cesse lors d’une intervention surtout destinée à planter le premier drapeau d’En Marche! dans le paysage. Et si, sur la fin, forçant sa voix pour chercher les applaudissements, le ministre de l’Economie a asséné que «rien ne plus arrêter ce mouvement […] Nous le porterons jusqu’en 2017 et jusqu’à la victoire», tout le reste semblait contrôlé à la virgule près. Résolu à «écrire une nouvelle histoire», répétant «être de gauche» parce que «c’est mon histoire, c’est ma famille» tout en refusant le clivage gauche-droite, ce dernier a en fait flirté avec la ligne jaune sans jamais la franchir. Sa phrase sur le Président de la République qui «m’a fait confiance et je ne l’en remercierai jamais assez» semblait même une réponse directe à François Hollande qui, lors d’un entretien à la télévision en février, avait rappelé que Macron «lui doit tout et qu’il saura s’en souvenir».

Le style. La capacité confirmée à attirer les projecteurs médiatiques. L’appel lancé pour mobiliser et créer une dynamique nationale. Tels étaient, mardi, les objectifs d’un Emmanuel Macron pour qui tout reste à faire s’il veut incarner une alternative. A commencer par faire preuve de courage en décidant, lui l’ex-protégé de Jacques Attali devenu un temps celui de François Hollande, de rompre ces confortables amarres de prince chéri de la République.