La marche vers Gaza s’est transformée en sit-in. Des centaines de militants, en provenance de plus de quarante pays, avaient décidé de rallier le territoire palestinien depuis Le Caire et Jérusalem afin de protester contre le blocus. C’était le 27 décembre, jour du premier anniversaire de l’offensive israélienne sur Gaza. La première troupe n’a jamais pu quitter la capitale égyptienne, tandis que la seconde a été stoppée à Eretz, point de contrôle entre l’Etat hébreu et la bande de terre palestinienne. Deux Romandes étaient du voyage, embarquées avec une association lyonnaise, tandis que deux Tessinois sont partis via l’Italie et quatre Alémaniques avec le Code Pink londonien.

«L’objectif n’était pas humanitaire, nous voulions briser le siège, faire pression sur les Etats permettant ce châtiment collectif», avance la Lausannoise Agneta Zuppinger. Les cars qui devaient transporter les 300 Français et deux Suissesses du Caire à El Arish, une trentaine de kilomètres avant Rafah, ne sont jamais partis. «Les autorités égyptiennes ont menacé de retirer les permis de conduire des chauffeurs s’ils nous amenaient», déplore Mary Mathai, l’autre Vaudoise. Les frontières demeurent closes. Néanmoins une centaine de pacifistes sont autorisés à passer à titre individuel, grâce au soutien de Suzanne Moubarak.

Opérations «flash mob»

Les militants, dès lors, débutent un sit-in devant l’ambassade de France, qui se poursuivra jusqu’au 1er janvier. Très rapidement, ils sont encadrés par plus de 350 policiers. «Lesquels ont vite sympathisé avec les Maghrébins du groupe», précise Agneta Zuppinger. Un campement s’organise. Il y a là un évêque, une femme rabbin, un imam, une octogénaire rescapée de l’Holocauste, des activistes de tous horizons et de tout âge. Chacun a sa raison d’en être. Agneta est Suédoise: le comte Bernadotte, assassiné en 1947 pour son engagement au Proche-Orient, était un compatriote. Le dossier est devenu sensible pour les habitants du pays nordique. Mary est Indienne, et donc «touchée par les questions de colonisation». Les militants des différents pays se retrouvent dans les quartiers cairotes pour des opérations «flash mob». «Comme des touristes, nous déambulions par petits groupes, avec nos appareils photo et nos guides et, à une heure précise, nous nous rassemblions tous au même endroit», relate Agneta Zuppinger. L’intervention des forces de l’ordre est immédiate, parfois musclée.

Les Suissesses sont rentrées lundi, «tristes et frustrées de n’avoir pu pénétrer à Gaza». «Les Palestiniens nous attendaient, ils avaient préparé des spectacles et organisé un tournoi de foot. Leurs espoirs ont une fois de plus été déçus, déplorent les deux femmes. Notre démarche a quand même servi à quelque chose, nous avons multiplié les contacts entre les délégations.» Une «Déclaration du Caire» a été rédigée, destinée à devenir une pétition en ligne.