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«L’Amérique est le pays le plus exceptionnel dans l’histoire de l’humanité» (AP Photo/Paul Sancya)
© Paul Sancya

Présidentielle américaine

Marco Rubio, le candidat de l’establishment «par défaut»

Le sénateur de Floride Marco Rubio espère s’imposer comme le candidat rassembleur lors de la primaire du New Hampshire demain mardi

Il le raconte à chaque meeting électoral. En 2010, personne ne le donnait gagnant face à l’ex-gouverneur républicain de Floride Charlie Christ dans la course pour le Sénat américain. Avec l’aide du Tea Party, Marco Rubio avait pourtant créé la surprise, confirmant son statut d’étoile montante du Parti républicain. A 44 ans, ce fils d’exilés cubains, grand amateur de football américain, veut à nouveau surprendre. Le statut de sénateur ne répond pas complètement à son idée du rêve américain. Il aspire à plus prestigieux: la présidence des Etats-Unis. Arrivé troisième au caucus de l’Iowa au début du mois, le sénateur de Floride nourrit l’espoir de faire une percée décisive lors de la primaire du New Hampshire mardi 9 février. Les derniers sondages le placent deuxième, juste derrière le milliardaire new-yorkais Donald Trump.

Lire aussi: Ted Cruz remporte l'Iowa chez les Républicains

Lors du débat télévisé diffusé par ABC de Manchester samedi soir, Marco Rubio a toutefois été pris à son propre piège. Attaqué par le gouverneur du New Jersey Chris Christie pour son manque de spontanéité, ce diplômé en droit a été incapable d’improviser, répétant quatre fois la même réplique. Il n’en fallait pas plus pour que les médias passent en boucle cette séquence critique. Le sénateur reste un habile orateur à défaut d’être brillant. Il sait aller dans le sens du vent. Face à la montée en puissance des candidats anti-establishment comme Donald Trump, Ted Cruz, Ben Carson ou encore Carly Fiorina, il a eu l’intelligence de laisser passer l’orage afin de se présenter comme le garde-fou contre le risque de dérive populiste.

La locomotive Rubio en marche

Il est maintenant l’homme à abattre dans la course à l’investiture républicaine. Les équipes de campagne de l’ex-gouverneur de Floride Jeb Bush et Chris Christie, qui jouent leur survie dans le New Hampshire, ont perçu le danger. Elles en sont même venues à coordonner leurs efforts pour faire dérailler la locomotive Rubio. Jeb Bush s’interroge sur le bilan de l’élu de Floride, dont l’absentéisme fait jaser à Washington. Il le compare à un autre sénateur n’ayant servi qu’un mandat à Washington et que Donald Trump qualifie d’incompétent: Barack Obama. Chris Christie, plus teigneux, le décrit comme un adolescent qui n’est jamais vraiment passé à l’âge adulte. Mais Marco Rubio apprend vite. Sur les routes du New Hampshire, il a rangé provisoirement son discours pré-mâché et s’est lâché, s’identifiant à plusieurs reprises aux témoignages poignants de plusieurs citoyens de cet Etat de la Nouvelle-Angleterre. Il ne se prive jamais de rappeler qu’il a grandi dans une famille modeste, fils d’un barman et d’une employée de Kmart qui avaient quitté Cuba pour les Etats-Unis en 1956.

En Iowa, il a souligné avec emphase ses profondes valeurs chrétiennes que la «culture populaire» tend à éroder. Il reste pourtant connu pour être un inconditionnel de musique hip-hop. Marié à Jeanette, qui se plaît davantage dans le rôle de mère de quatre enfants que dans la lumière d’une possible future First Lady, Marco Rubio n’est pas prêt à remettre en question le mariage traditionnel entre un homme et une femme. Dépeint parfois comme un modéré face à Donald Trump et Ted Cruz, il tient pourtant des positions parfois extrêmes. Il refuse catégoriquement tout avortement, même en cas d’inceste ou de viol.

Pour détendre l’atmosphère lors de meetings électoraux, il pratique un humour qui fait souvent mouche. Au Sénat, peu après la défaite de Mitt Romney face à Barack Obama à la présidentielle de 2012, il avait jugé opportun de s’immiscer dans un groupe de huit sénateurs républicains et démocrates pour échafauder une réforme d’un système d’immigration que tout le monde estime «cassé». Cédant aux cris d’orfraie des ultra-conservateurs et du Tea Party, il a fini par tourner casaque, interrogeant sur la solidité de ses convictions. Aujourd’hui, il tient un discours dur, embouchant les trompettes de Donald Trump sur la nécessité de fermer la frontière et d’expulser les clandestins criminels. A l’image d’un autre fils d’exilé cubain, Ted Cruz, ses prises de position en matière d’immigration ne le rendent pas populaire au sein de l’électorat hispanique, en particulier non-cubain.

Membre de la Commission des relations extérieures du Sénat, Marco Rubio se targue d’avoir les connaissances nécessaires pour officier en tant que commandant en chef des armées. Il fustige Barack Obama qu’il accuse de vouloir «transformer les Etats-Unis afin d’en faire un pays comme les autres». Or, relève-t-il sans craindre l’hyperbole, l’Amérique est «le pays le plus exceptionnel dans l’histoire de l’humanité».

Un admirateur de Reagan

La vision qu’il exprime à travers le pays n’a rien à envier à celles des néoconservateurs qui sévissaient à Washington dans l’administration de George W. Bush. Son grand-père cubain Pedro Victor Garcia fut sa plus grande source d’inspiration. Cordonnier fumeur de cigare, ce dernier était un admirateur de Ronald Reagan. Marco Rubio se réclame de la même fermeté reaganienne, quitte à travestir le bilan réel du père de la révolution conservatrice des années 1980. Il s’oppose catégoriquement à la fermeture de la prison de Guantanamo. Il considère le groupe Etat islamique comme la plus grande menace de l’histoire. Il promet de recourir massivement à la force pour éradiquer les djihadistes. «Par l’envoi de forces terrestres américaines en Syrie et en Irak?», a demandé Martha Raddatz, animatrice du débat de Manchester. Avec des forces terrestres, a-t-il répliqué, mais «sunnites».

Opposé à l’accord sur le nucléaire iranien, il refuse aussi la normalisation des relations entre Washington et La Havane même si 70% des Américains y sont favorables. Y compris les jeunes générations de Cubains de Miami. A ceux qui pensent qu’il aura une carte majeure à jouer – son âge et sa fraîcheur – contre Hillary Clinton si les deux s’affrontent pour la présidence, ses détracteurs pensent qu’il apparaît au contraire comme un jeune englué dans les vieux réflexes de la Guerre froide. A Washington, le sénateur de Floride se fait un point d’honneur de bloquer la nomination de Roberta Jacobson au poste d’ambassadrice américaine au Mexique, un voisin essentiel pour les Etats-Unis. Motif: c’est elle qui a négocié le rétablissement des relations américano-cubaines.

Marco Rubio, le «candidat de l’establishment par défaut» comme le relèvent certains médias américains? Le sénateur, lui, en est persuadé: c’est le seul capable de rassembler un Parti républicain écartelé entre son aile Tea Party et son aile plus modérée

Profil

1971 Naissance à Miami (Floride).

2006 Election à la Chambre des représentants de Floride.

2010 Elu au Sénat américain à Washington.

2015 Candidat aux primaires républicaines.

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