Marco Sassoli: «Nous formons des étudiants prêts à résoudre des problèmes juridiques complexes»
Humanitaire
Professeur de droit à l’Université de Genève, Marco Sassoli est le nouveau directeur de l’Académie de droit international humanitaire et de droits humains. Il défend la spécificité du centre genevois créé en 2007
Elle siège discrètement dans la villa Moynier, l’une des belles bâtisses bordant le Léman. L’Académie de droit international humanitaire et de droits humains, co-créée en 2007 par l’Université de Genève et l’Institut de hautes études internationales et du développement, vient de se doter d’un nouveau directeur, Marco Sassoli, après le départ à la retraite de Robert Roth. Collaborateur du CICR pendant treize ans, professeur de droit international à l’Université de Genève, Marco Sassoli le dit lui-même: «J’ai effectivement été pour le CICR en Israël, Jordanie, Syrie, Iran, ex-Yougoslavie et au Pakistan. Mais le monde humanitaire a beaucoup changé. Il s’est beaucoup professionnalisé. Pour moi, diriger l’académie me permet de faire une belle synthèse de mes expériences pratiques et académiques passées.»
Le cas du Kosovo
La raison d’être du centre est de former des gens, jeunes et moins jeunes, afin qu’ils soient mieux armés pour affronter la complexité de conflits armés. C’est dans cette logique qu’il propose un master en études avancées en justice transitionnelle. Les étudiants appréhendent des questions relatives à d’éventuelles poursuites pénales et enquêtes visant à établir la vérité sur les exactions passées, à des programmes de réparations et à des réformes institutionnelles.
«Dans des pays comme le Kosovo, il est nécessaire d’avoir à disposition un grand nombre de juristes pour relever les défis de ce nouveau pays. Cela nécessite des compétences en droit humanitaire, droit pénal, droits de l’homme. Le master en justice transitionnelle offre ce type de formation large qui doit permettre à ceux qui l’ont suivie d’aider un pays qui sort d’une guerre ou de la dictature à retrouver une forme de normalité», précise le directeur.
Dotée d’un budget d’environ 3 millions de francs, l’académie recense cette année 41 étudiants pour le master en droit (LLM), 28 pour celui en justice transitionnelle et une vingtaine pour le programme de master en cours d’emploi (executive master). Des étudiants qui viennent pour moitié de Genève et pour l’autre moitié de l’étranger. Marco Sassoli le lâche avec un brin de fierté: «Un site nous classe parmi les dix meilleurs masters en droits humains du monde. Notre objectif est d’offrir des maîtrises professionnalisantes, de former des gens qui soient capables de résoudre d’emblée des problèmes concrets.»
Groupes armés
L’académie genevoise propose aussi deux programmes de recherche, financés par la Confédération, axés sur l’étude des groupes armés. «Certains ont beau les appeler terroristes, ces groupes armés sont des acteurs dont il faut tenir compte, précise Marco Sassoli. Il importe de voir comment ils peuvent être liés par le droit humanitaire, mais aussi par les droits de l’homme. Prenez les Kurdes au nord de la Syrie. Ils gèrent un territoire. Le droit humanitaire ici ne suffit pas. Les Kurdes gèrent des aspects de la vie quotidienne.»
L’Académie de droit humanitaire ne compte pas faire la leçon au monde entier, mais établir des constats. Elle a ainsi constitué une vaste base de données (Rulac) qui fait état de la situation juridique et des acteurs des conflits armés dans le monde. «Cette base, poursuit Marco Sassoli, explique de façon factuelle par exemple que la Crimée est un territoire occupé. Cela ne plaît peut-être pas aux diplomates russes, mais c’est une approche purement juridique, fondée sur les faits.»