La marée noire provoquée par le naufrage le 22 avril d’une plate-forme pétrolière dans le golfe du Mexique menaçait jeudi de polluer les fragiles marais de Louisiane au sud des Etats-Unis. La fuite relâche cinq fois plus de pétrole qu’estimé initialement. Une semaine après l’accident, les garde-côtes ont annoncé tard mercredi la découverte d’une nouvelle fuite, estimant à «plus de 5000 barils par jour» (800 000 litres) le volume de pétrole se déversant dans la mer.

Après avoir admis l’existence d’une nouvelle fuite, mais indiqué que le volume de brut se déversant dans la mer restait inchangé, le groupe pétrolier britannique BP, qui exploitait la plate-forme, a reconnu jeudi que la fuite pourrait être bien plus importante. «Je dirais que la fourchette se situe entre 1000 et 5000 barils par jour», a dit un responsable de BP, Doug Suttles.

Le gouverneur de Louisiane Bobby Jindal a demandé aux autorités fédérales une aide d’urgence pour protéger les côtes, faisant état d’informations «selon lesquelles une partie de la nappe s’apprête à toucher les côtes de Louisiane plus tôt que prévu», menaçant son fragile écosystème d’une catastrophe majeure. Une portion de la nappe de pétrole, qui atteint 965 km de circonférence (une surface de quelque 74 000 km2, soit presque deux fois la surface de la Suisse), s’est séparée et pourrait toucher directement une réserve naturelle sur la côte de Louisiane jeudi en raison de vents forts, a-t-il dit en citant des informations de l’Agence américaine des océans et de l’atmosphère (NOAA).

Barrages flottants insuffisants

Des barrages flottants ont été déployés sur 20 milles nautiques (36 km) pour tenter de contenir le pétrole. Mais, selon le gouverneur, c’est insuffisant et il faudrait en déployer encore plus. Des équipes d’intervention ont enflammé mercredi une portion de la nappe pour tenter de contenir sa progression. Mais un changement de la direction des vents menaçait d’annuler les effets de cet essai d’incendie «contrôlé». Par le passé, des tentatives similaires avaient permis de brûler 50 à 90% du brut emprisonné.

La plate-forme «Deepwater Horizon», propriété de la société basée à Zoug Transocean, contenait 2,6 millions de litres de pétrole et extrayait près de 1,27 million de litres par jour. Elle a coulé après une explosion et un incendie survenus le 20 avril. Onze personnes sont portées disparues.

Barack Obama a été informé jeudi de l’évolution de la marée noire dans le Golfe du Mexique, a indiqué Robert Gibbs, porte-parole de la Maison blanche. Il a précisé que le président américain a entamé sa réunion quotidienne consacrée aux questions du renseignement par un point de 20 minutes sur la fuite de pétrole.

Plainte des éleveurs de crevettes

Les marais côtiers de la Louisiane constituent un sanctuaire pour la faune, en particulier les oiseaux aquatiques. Les autres Etats de la région, la Floride, l’Alabama et le Mississippi notamment, craignent que la nappe de pétrole ne souille leurs plages et ne pollue les pêcheries, cruciales pour l’économie locale. Des éleveurs de crevettes de Louisiane ont déposé plainte contre BP pour «négligence» et «pollution». Ils comptent obtenir 5 millions de dollars de dommages. La mise à feu de la nappe de brut pourrait présenter des dangers pour l’environnement: elle risque de projeter dans l’atmosphère d’immenses bouffées d’une épaisse fumée noire et de libérer dans la mer des déchets visqueux.

Les efforts de BP pour colmater les fuites avaient échoué mardi, malgré l’utilisation de quatre bras robotiques opérant par 1500 mètres de fond. Et les ingénieurs se démènent pour construire un couvercle sous-marin destiné à endiguer la fuite. BP envisage également de forer des conduits de secours destinés à injecter un enduit spécial pour boucher définitivement le puits, mais cela pourrait prendre deux à trois mois.