Alors que les critiques vont bon train quant à la gestion de la crise par le gouvernement espagnol, la menace d'une nouvelle marée noire se faisait mardi de plus en plus précise. Une nappe géante de 11 000 tonnes de fioul échappée des cuves du pétrolier naufragé Prestige n'était éloignée que de 120 km de la pointe nord-ouest de la Galice, de l'aveu des autorités espagnoles. Pour la première fois, ces dernières reconnaissaient officiellement l'importance de la catastrophe alors que jusqu'alors, Madrid avait cherché à en minimiser les conséquences. Ce week-end, Mariano Rajoy, numéro deux de l'exécutif espagnol, persistait à nier l'existence d'«une marée noire» et préférait parler de «taches éparses de contamination». Quant au chef du gouvernement, José Maria Aznar, en réunion hier à Malaga avec le président français Jacques Chirac pour le 15e sommet franco-espagnol, il refuse toujours de se rendre sur les lieux, ce qui a provoqué les foudres de l'opposition socialiste.

Hier, le temps était à un optimisme relatif. Les mauvaises conditions météo ont interrompu le pompage de la nappe de fioul au large, une opération assurée désormais par six bateaux anticontamination étrangers, l'Espagne en étant dépourvue. De source officielle, 1950 tonnes d'hydrocarbure ont d'ores et déjà été récupérées et 480 oiseaux contaminés (maquereaux, cormorans et pélicans, etc.) ont à ce jour été recueillis. Pendant ce temps, les opérations de nettoyage se poursuivent sur les côtes rocheuses et sur les 140 plages contaminées, grâce à l'aide de militaires et de dizaines de volontaires. Au total, plus de 1700 tonnes de résidus ont été ramassées depuis le début de la marée noire, le 16 novembre. Hier, Mariano Rajoy a assuré que la direction actuelle des vents poussait pour l'instant le combustible vers le nord, «ce qui épargne la Galice de nouvelles coulées».

Littoral français menacé

Selon certaines prévisions météo, cependant, à partir de jeudi, les nappes de fioul pourraient de nouveau souiller le littoral galicien. Pour ne rien arranger, quelques nappes éparses de fioul ont été aperçues à l'ouest des Asturies dans le golfe de Gascogne et, d'après certaines prévisions, menaceraient désormais le littoral français. Quant à l'avenir proche des 15 000 pêcheurs affectés – dont 9000 qui s'adonnent au ramassage des coquillages –, il est toujours aussi incertain. L'interdiction de pêche, qui concerne 2500 bateaux, a désormais été étendue au nord de la Galice. A partir du mois de décembre, 30 euros quotidiens d'indemnités devraient être versés aux personnes directement affectées par la marée noire.