Le fait est historique. Pour la première fois, un ressortissant de la République populaire de Chine accède à la direction d'une organisation internationale. Margaret Chan, une Chinoise d'origine hongkongaise de 59 ans, a été désignée mercredi par le Conseil exécutif de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) comme nouvelle directrice générale. Un choix qui doit être confirmé ce jeudi par les 192 Etats membres de l'Assemblée mondiale de la santé.

L'actuelle sous-directrice générale de l'OMS pour les maladies transmissibles, qui comptait parmi les favoris, s'est largement imposée au terme d'un scrutin à plusieurs tours devant ses deux derniers concurrents mexicain et japonais.

Elle doit d'abord son élection à ses compétences, soulignent divers observateurs. «Calme, intègre, Mme Chan sait écouter mais aussi prendre des décisions. Elle a de bonnes compétences techniques et le sens politique», explique Gaudenz Silberschmidt, le vice-directeur de l'Office fédéral de la santé publique.

Femme du sérail - elle a rejoint l'OMS en 2003 -, elle est également la garante d'une certaine continuité de l'institution même si la question des réformes est sur toutes les lèvres. Le Français Bernard Kouchner, autre favori qui se présentait sur un programme de changement, a par contraste été sèchement écarté dès le premier tour.

Mais cette victoire est également celle de la diplomatie chinoise qui a déployé une énergie considérable pour imposer sa candidate. Une victoire qui doit beaucoup au pragmatisme et à un sens de la négociation qui est une nouvelle démonstration de la montée en puissance de la Chine sur la scène internationale. Un apparatchik issu de la hiérarchie communiste n'aurait eu que peu de chance dans cette course. Par contre l'ex-responsable de la Santé de Hongkong, une ancienne colonie britannique, était un visage très présentable pour accéder à ce poste. Pékin a passé sous silence le fait qu'elle soit détentrice d'un second passeport canadien, une forme d'assurance contractée par de nombreux Hongkongais aisés avant la rétrocession du territoire à la Chine en 1997.

Dans sa campagne pour gagner des voix, la Chine a notamment pu compter sur un sommet africain - hasard du calendrier - qui s'est tenu le week-end dernier à Pékin avec à la clé des contrats pour plusieurs milliards de dollars. Les sept voix du continent noir sur les 34 membres du Conseil exécutif de l'OMS auraient ainsi principalement profité à Margaret Chan.

L'un des grands défis que devra relever l'OMS et la planète ces prochaines années sera le risque d'un retour de grandes pandémies. A première vue, cette élection est une bonne chose puisque la Chinoise est l'une des rares officielles de la santé à avoir été confrontée à ce problème sur le terrain. En 1997, lors de l'apparition du premier foyer du virus de la grippe aviaire de type H5N1, à Hongkong, elle terrassa le mal en ordonnant l'abattage de 1,6 million de volailles. Elle a par contre laissé un souvenir moins flatteur lors de la crise du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS), en 2003, qui fit 299 victimes à Hongkong. Alors que la presse locale dénonçait l'opacité de Pékin sur l'évolution de l'épidémie considérée comme un secret d'Etat à Canton, de l'autre côté de la frontière, la ministre de la Santé s'était montrée timorée dans sa quête d'information auprès du pouvoir central.

Sa position à la tête de l'OMS pourrait être inconfortable en cas de nouvelle crise sachant que la prochaine grande pandémie mondiale a de bonnes chances de voir sa source en Chine, selon de nombreux scientifiques, et que Pékin peine toujours à faire preuve de transparence (lire ci-contre). Lors d'une conférence de presse il y a deux mois, Margaret Chan s'est toutefois défendue en déclarant que si elle était élue elle ne «servirait pas les intérêts de Hongkong ou de la Chine, mais ceux du monde». Il lui faudra beaucoup de talent pour faire prévaloir l'intérêt de la santé publique sur celui des Etats.