Paris vaut bien une messe, disait Henri IV. Et la présidence de la République vaut bien un passage devant le maire, pourrait dire Ségolène Royal. La candidate socialiste, qui continue à faire la course en tête dans les sondages, a déclaré jeudi qu'elle pourrait épouser son compagnon, François Hollande, cet été, lors d'une cérémonie civile et dans un cadre «strictement familial».

Sentimentale, l'annonce est aussi politique: elle éclipse le retour de l'ancien premier ministre Lionel Jospin et devrait permettre à Ségolène Royal d'occuper les pages des magazines pendant les vacances, avant une grande réunion du Parti socialiste prévue fin août.

Par la même occasion, ce mariage normaliserait la situation paradoxale du couple Hollande-Royal, à l'origine de spéculations sans fin dans les milieux médiatiques parisiens. Les deux politiciens - François Hollande a pris la tête du Parti socialiste en 1997 - se sont rencontrés au début des années 1980 à l'Ecole nationale d'administration, creuset des élites dirigeantes françaises. Ils ont conçu et élevé quatre enfants, mais ne se sont jamais mariés. La semaine dernière, lors d'une rencontre avec des militants, Ségolène Royal qualifiait encore le mariage d'«institution bourgeoise».

Le fonctionnement de leur concubinat n'a pas toujours été harmonieux. Sous sa bonhomie tout en rondeurs, François Hollande a la réputation d'être un charmeur qui sait faire rire les femmes. Une journaliste de Paris-Match aurait été remise à l'ordre par une Ségolène furieuse qu'elle ait côtoyé son homme d'un peu trop près.

Trois ou quatre jours par semaines, le couple vit séparé: Ségolène Royal dirige sa région de Poitou-Charentes alors que François Hollande est dans son fief de Corrèze, à quelque 200 kilomètres de là. Ces derniers mois, on les a vus échanger des regards tendres, mais aussi quelques prises de becs assez vives sur des sujets politiques.

Il faut dire que la situation de François Hollande est délicate: en tant que premier secrétaire du PS, il doit arbitrer le combat entre divers «présidentiables», parmi lesquels figure sa compagne, alors même qu'il n'a pas abandonné l'espoir d'être candidat si les circonstances le permettent.

Comme par hasard, le mariage entre les deux socialistes est annoncé au moment où un autre duo revient dans l'actualité: Nicolas Sarkozy et sa femme Cécilia. Séparés durant plusieurs mois, ils sont désormais officiellement réconciliés et multiplient les apparitions en public. Paris-Match a publié des photos d'un «tendre week-end» à Londres, son concurrent VSD a enchaîné avec un reportage sur leur «week-end en amoureux» à Venise. Pas mal pour un ministre de l'Intérieur qui, l'an dernier, promettait de ne plus exposer sa vie privée dans les médias.

Entre-temps, toujours attentive aux mouvements de l'opinion, l'équipe de Nicolas Sarkozy a fait réaliser des sondages où figurait la question «Voteriez-vous pour un célibataire?». Résultat, selon Le Monde: le célibat n'est plus un obstacle insurmontable pour être élu. Mais Nicolas Sarkozy, qui a frôlé le divorce l'automne dernier, reste persuadé qu'il vaut mieux se présenter devant les Français avec une alliance au doigt.

La précampagne électorale se poursuit donc sous le sceau d'un certain retour au conservatisme. Les favoris de gauche comme de droite semblent convaincus qu'un couple traditionnel et bien mis en scène constituera un atout de plus dans la course à la présidence.