France

Marine Le Pen bute contre le plafond de verre

La candidate du Front national n’a pas réussi à déjouer les pronostics. Une défaite au goût amer pour les militants rassemblés au sud de Paris. Le parti d’extrême droite se concentre désormais sur les législatives, et promet de constituer une «nouvelle force politique»

Elle promettait l’expression d’une «colère sociale» dans les urnes. Ses espoirs ont été douchés. Marine Le Pen est largement battue par son rival Emmanuel Macron au second tour de la présidentielle. Une défaite cinglante qui perpétue le fameux plafond de verre que le Front national ne parvient pas à faire sauter. Avec 34,5% des suffrages exprimés, Marine Le Pen réalise un score en deçà de ses espérances. Elle ne parvient pas à atteindre la barre des 40%, officieusement fixée par certains membres de son entourage comme l’objectif à atteindre.

Lire aussi:

Le parti d’extrême droite atteint toutefois un score historique. En 2002, Jean-Marie Le Pen, le père de la candidate, avait recueilli 17,8% des voix face à Jacques Chirac. «Les Français ont voté pour la continuité», a déclaré la candidate frontiste dimanche soir peu après l’annonce des résultats.

Pour vivre cette soirée électorale, le parti d’extrême droite avait opté pour la fraîcheur du lac de Saint-Mandé, au sud de Paris. Marine Le Pen a rejoint son équipe de campagne au Chalet du Lac en début de soirée, un établissement à l’orée du bois de Vincennes qui ne peut recevoir que 1400 invités. Des cadres du parti, une poignée de militants ainsi que 300 journalistes étaient conviés dans ce lieu habituellement animé par des thés dansants. «On fait ça en famille», confiait un militant peu avant l’ouverture des portes.

Ambiance tendue au bois de Vincennes

Boule à facettes accrochée au-dessus du pupitre et roses bleues distribuées aux invités, l’ambiance était à la fête avant l’arrivée de la candidate frontiste. «Marine Le Pen a réalisé une campagne extraordinaire. La participation est élevée dans le nord de la France, c’est extrêmement significatif», se réjouissait Wallerand de Saint-Just, trésorier du parti.

Pourtant, à 20h, c’est bien le visage d’Emmanuel Macron qui s’est affiché sur les écrans. Un résultat accueilli sous les huées des militants qui se sont empressés d’entonner l’hymne national. «Les Français n’ont toujours pas compris que Marine Le Pen n’est pas comme son père. Elle veut une France puissante, comme par le passé», s’agace Nicolas Chabert, casquette «Make America great again» sur la tête. Le jeune homme de 24 ans est fasciné par le président américain Donald Trump. «Comme Marine, il aime son pays, c’est un patriote. J’aimerais réussir comme lui», affirme-t-il.

Opposante en chef

Rose bleue à la main, un sympathisant de Marine Le Pen a également fait part de sa déception. «Le peuple est méprisé par le gouvernement. Cette victoire d’Emmanuel Macron va amener à une perte irrémédiable de souveraineté et le risque terroriste va augmenter», estime Nicolas, 25 ans. Depuis le débat présidentiel controversé, des militants affichaient leur inquiétude. Mais pour cet étudiant en sciences politiques, cet affrontement s’est révélé positif pour la candidate d’extrême droite. «C’était un débat historique, on a assisté à une confrontation entre deux France. Marine Le Pen a été au fond des choses, et cela a peut-être surpris les Français», admet-il tout de même.

Dans une brève allocution, Marine Le Pen a remercié le souverainiste Nicolas Dupont-Aignan, son allié de l’entre-deux tours. Un ralliement isolé qui ne lui a pas permis d’élargir son électorat. La candidate frontiste enfile déjà le costume d’opposante au futur gouvernement. Devant ses supporters, elle assure qu’elle mènerait la bataille des législatives. Une annonce saluée par des «Merci Marine». Elle compte mener ce combat sur le terrain du programme, tout en s’attaquant au profil de son rival présenté comme le défenseur de la «finance» durant la campagne. Elle a d’ailleurs insisté sur le «clivage entre les patriotes et les mondialistes». Le Front national devrait subir une «transformation profonde», a-t-elle ajouté. Une «nouvelle force politique» qui pourrait changer de nom, au grand dam de Jean-Marie Le Pen. «Quand on est battu, tout le monde veut faire du nouveau, c’est à la mode», a-t-il fustigé sur franceinfo.

Malgré le sourire arboré par Marine Le Pen, la soirée du Front national s’est déroulée dans un climat tendu. Les journalistes ont été placés derrière un cordon de sécurité, loin des quelques militants présents, tandis qu’un photographe a été évacué avec vigueur par le service d’ordre du parti. Des médias français ont d’ailleurs refusé d’assister au discours de Marine Le Pen, en signe de solidarité avec plusieurs journalistes qui n’ont pas obtenu d’accréditation. «Ces mesures antidémocratiques et contraires à la liberté d’informer doivent cesser, comme l’intimidation des journalistes dans les meetings», a réagi dans la journée le journal Libération. Mais, un militant l’assure, «les Français ont fait un choix souverain, et on le respecte.»

Publicité