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Marine Le Pen face à Emmanuel Macron: et si c’était le duel présidentiel voulu par les Français?

La présidente du Front national a promis à nouveau samedi un référendum sur la sortie de la France de l’UE. L’ex-ministre de l’Economie fulmine ce dimanche contre les choses «faites à moitié» durant le quinquennat Hollande. Et si ce duel avait lieu en mai 2017?

Alain Juppé reste, à huit mois de l'élection présidentielle française des 23 avril et 7 mai 2017, le favori des sondages pour la primaire de la droite et du centre – au-delà des militants, plutôt favorables eux, à Nicolas Sarkozy. Il demeure également le favori pour accéder à l’Elysée. Mais au fil des jours et des discours de rentrée politique, un duel est peut-être en train d’émerger comme l’affrontement ultime qui, pour de bon, tranchera la volonté des Français d’accepter, ou non, la modernité, la mondialisation et ses contraintes: le choc Marine Le Pen – Emmanuel Macron.

Marine Le Pen, appréciée des classes populaires

D’un côté: une candidate d’extrême droite protectionniste, souverainiste, qui s’est à nouveau prononcée samedi à Brachay (Haute-Marne) en faveur d’un référendum sur la sortie de l’Union européenne. Mais aussi une candidate appréciée des classes populaires, dont l’électorat déborde largement aujourd’hui sur les anciennes terres du parti communiste, voire du PS.

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Emmanuel Macron, homme de la «gauche du réel»

De l’autre, un ancien ministre de l’économie quadragénaire pas encore candidat, dont le positionnement politique vise, avant tout, à ringardiser l’éternel clivage droite-gauche, même s’il s’agit surtout de sa part, pour l’heure, de mots et de promesses ambiguës. Emmanuel Macron se dit «de gauche», affirme que les actuels dirigeants du parti socialiste refusent le changement. Il a encore affirmé ce dimanche vouloir incarner la «gauche du réel» tout en souhaitant «changer la politique» et incarner une offre «ni à droite ni à gauche».

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Sa spécificité est ailleurs: dans sa volonté affirmée de défendre la nouvelle économie numérique, d’intégrer davantage l’hexagone dans la concurrence mondialisée et de défendre une Union européenne offensive face aux Etats-Unis et aux géants émergents. Un axe décrié par ceux qui, au Parti socialiste et au sein de la gauche, le considèrent comme un «traître» à la majorité et aux engagements du président qui l’a fait roi, en le propulsant ministre à la fin août 2014, après l’avoir fait venir comme conseiller à l’Elysée.

N’empêche: cet axe digital – mondialisation – Europe – social – libéral – paie, au moins dans l’opinion: sans autre réseau de terrain que son mouvement «En Marche» lancé en avril 2016, et sans jamais avoir été élu, Emmanuel Macron arrive ainsi en seconde position derrière Alain Juppé dans le dernier sondage Odoxa sur les «personnalités politiques capables de faire un bon président de la république». 45% des Français le jugent «bon», tandis qu’Alain Juppé recueille 56%. Suivent le centriste François Bayrou avec 33% et Marine Le Pen avec 30%, à jeu égal avec le premier ministre Manuel Valls. Arnaud Montebourg est à 25% d’opinions favorables. Et le leader de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon à 20%.

L’avantage d’un duel Le Pen-Macron

Un duel Le Pen-Macron – que le second serait sans doute bien placé pour emporter vu le ralliement derrière lui des forces de droite et d’une partie de la gauche – aurait un double avantage. Politiquement, le débat serait tranché, et pas seulement sur les questions économiques. Sans reprendre la formule «d’identité heureuse» défendue par Alain Juppé, Emmanuel Macron a campé, lors du débat sur la proposition de déchéance de nationalité pour les coupables d’actes terroristes, sur une position anti-stigmatisation de l’une ou l’autre des communautés.

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Il est aussi très populaire dans le tissu des jeunes entrepreneurs issus de l’immigration, milieu qu’un Alain Juppé, largement en raison de son âge et de sa carrière d’apparatchik politique, a de la peine à séduire. Autre avantage: Emmanuel Macron accélérerait, s’il se retrouvait qualifié au second tour de la présidentielle, la recomposition de la droite et de la gauche autour, notamment, de la question centrale en France du rôle de l’Etat et du libéralisme économique.

Le risque de l’écueil parlementaire

Les observateurs de la politique hexagonale font remarquer à juste titre qu’Emmanuel Macron, tout comme Marine Le Pen, n’aurait aucune assurance de réunir sur leur nom une majorité parlementaire dans la foulée de leur élection à l’Elysée.

Cette configuration, prédisent les experts, est d’abord une garantie d’instabilité. D’où l’avantage d’un candidat sorti des primaires, et par conséquent légitime.

Soit. Possible. Mais un choix clair, entre deux France, deux sociétés, deux modèles pour l’avenir, n’est-ce pas ce que veulent les Français aujourd’hui, plutôt que des «choses à moitié» façon François Hollande ou Nicolas Sarkozy lors de son quinquennat? Un tel duel aurait en outre le mérite, puisque Macron ne vient pas d’une dynastie politique ou familiale (Juppé, fils spirituel de Chirac, ou Manuel Valls, pur produit du parti socialiste…) de renvoyer Marine Le Pen à l’image dont elle tente le plus de s’affranchir: celle de la fille de son père, Jean-Marie Le Pen.


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