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Capture d'écran de la vidéo du débat.
© STRINGER/AFP

Commentaire à chaud

Marine Le Pen face à Emmanuel Macron: un débat au goût amer

Le vainqueur du premier tour de la présidentielle française avait le plus à perdre dans ce débat télévisé. La candidate d’extrême droite, en le harcelant et en multipliant les contre-vérités, est parvenue à le mettre en difficulté

On attendait un duel au style opposé. La réalité a de très loin dépassé les attentes. Sans cesse, Marine Le Pen a harcelé Emmanuel Macron, allant jusqu’à le traiter de «candidat à plat ventre» et de «candidat de la France soumise». Deux heures durant, l’ancien ministre de l’Economie est resté sur la défensive, répétant combien son adversaire est, selon lui, «indigne» de la fonction présidentielle et réitérant que «la France mérite mieux que son programme qui consiste à salir».

Un débat? Non. Un dialogue de sourds entre une candidate d’extrême droite avant tout soucieuse de dominer et d’asséner des formules simplistes écrites à l’avance et un politicien modéré, soucieux de ne pas tomber dans la caricature et de préserver le compromis. Il y a quinze ans, en 2002, Jacques Chirac avait refusé d’affronter Jean-Marie Le Pen sur un plateau télévisé. A entendre sa fille rire avec condescendance et se moquer ouvertement d’Emmanuel Macron pour qui, selon elle, «la France est une salle de marché», on comprend mieux pourquoi…

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Marine Le Pen dicte le rythme

A l’aise sur les sujets techniques, le vainqueur du premier tour n’a pas réussi à imposer son discours pédagogique, précis sur les faits. Même le passage sur l’euro, durant lequel la candidate du FN a multiplié les approximations et les mensonges en prétendant pouvoir gérer tranquillement un retour au franc, ne lui a pas permis d’asséner le coup fatal. La même erreur est revenue plusieurs fois pour celui qui, pour la première fois de son existence et pour la plus haute des fonctions, brigue les suffrages des électeurs: laisser, au nom de la «courtoisie», la candidate du Front national dicter le rythme du débat.

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A l’inverse, Marine Le Pen est au fil des deux heures de confrontation télévisée apparue comme elle est: clivante, simplificatrice, démagogue, à l’aise dans l’attaque, refusant l’échange, ne laissant jamais la complexité des faits interférer avec ses analyses simplistes et ses soi-disant remèdes. Problème: le langage de Macron, souvent piégé par ses formules trop intellectuelles de technocrates – «vous avez un projet mortifère», a-t-il lancé à propos de l’euro –, a manqué de percussion. Difficile, il est vrai, de rivaliser avec des formules chocs telles que: «Vous avez la position du candidat par défaut.» Marine Le Pen a en outre tout fait pour inviter à la table du débat le président sortant François Hollande. Le candidat d’En Marche!, lui, a peiné à démontrer l’originalité de sa rupture avec le quinquennat écoulé.

Mépris contre pédagogie

Le plus désagréable aura finalement été le ton, le manque d’animation de la part des deux journalistes et le mépris qui, peu à peu, s’est installé. Désarçonné par le harcèlement lepéniste, Emmanuel Macron a commis l’erreur de croire que son adversaire le laisserait répondre «par courtoisie». Pédagogue, il s’est montré trop bien élevé. Centré sur la cohérence de son propos, il a raté la riposte sur les mensonges historiques grossiers, comme lorsque la fille de Jean-Marie Le Pen s’est, à plusieurs reprises, drapée dans l’héritage du général de Gaulle que son père n’eut de cesse de combattre.

Deux générations séparaient, ce soir, les finalistes du second tour. A Marine Le Pen, la politique à l’ancienne, la bastonnade peu soucieuse du fact-checking, le maniement de la peur et l’accent mis sur les fractures. A Emmanuel Macron, le pari de l’avenir, l’offre d’une France encore capable de s’en «sortir ensemble». Ce qui, à entendre le discours de la candidate du Front national et avec les élections législatives à venir après la présidentielle, est loin d’être gagné.

Notre portrait: Marine Le Pen, dédiabolisée

Démagogie contre raisonnement, un duel dangereux

Les débats télévisés présidentiels, d’ordinaire, ne changent pas une élection. Celui-ci peut néanmoins creuser la pente déjà glissante qu’une partie de l’électorat de droite pourrait décider d’emprunter le 7 mai. Soit en s’abstenant. Soit en votant Le Pen au nom de la France et des «valeurs». Marine Le Pen, donnée largement perdante par les sondages, devait démontrer la fragilité de son concurrent et arriver à le pousser dans les cordes. Elle y est parvenue. Celui-ci n’a pas rompu. Il a tenu bon. Mais le rouleau compresseur de la démagogie frontiste, surtout au milieu de ce débat souvent cacophonique, a parfois semblé l’engloutir.

Lire aussi: Emmanuel Macron, de l’Elysée vers l’Elysée

En s’adressant trop à la raison, Emmanuel Macron a démontré qu’il avait la capacité d’encaisser, d’analyser, de ne pas brusquer et de comprendre. Mais saura-t-il décider? Et penser différemment lorsque cela sera nécessaire, voire s’affranchir des pressions et des lobbies? Le goût laissé par ce duel télévisé est plus qu’amer. Il démontre combien, dimanche prochain, cette élection présidentielle risque de laisser de nombreux électeurs insatisfaits. L’inquiétude que l’extrême droite veut toujours semer, la peur de l’islam que Marine Le Pen a attisée sortent finalement renforcées de cette confrontation. La candidate du FN a en revanche offert un discours peu susceptible de rassembler.

Sur le plateau de France 2 et de TF1, la République française est finalement ce soir apparue telle qu’elle est: fracturée entre deux visions antagonistes de la société, du pays et de son avenir en Europe.

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