France

Marine Le Pen, l’ultime ligne droite vers l’Elysée

La candidate du Front national a présenté dimanche à Lyon ses 144 engagements présidentiels. La chute de François Fillon ravit ses partisans. Problème: une défaite toujours probable au second tour

Un document sobre en sept chapitres, frappé de la fameuse rose bleue. Les 144 engagements présidentiels du Front national étaient, dimanche, la vedette des «Assises» du parti à Lyon, où Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon avaient aussi fait le déplacement. Place donc, pour le FN, à l’ultime ligne droite vers l’Elysée.

Des sondages au beau fixe, à 27% des intentions de vote pour le premier tour du 23 avril. Une droite déboussolée par le «penelopegate» qui pourrait bien forcer son candidat François Fillon à renoncer dès cette semaine. Un programme de gouvernement surtout. Carré. Détaillé. Pour une France «libre, sûre, prospère, juste, fière, puissante, durable». Autour d’un slogan: «Remettre la France en ordre». «Pendant que certains faisaient du scooter autour de l’Elysée et que d’autres rémunéraient leur conjoint à ne rien faire, le FN travaillait pour défendre le peuple», ironisait, samedi, le sénateur-maire de Fréjus David Rachline, directeur de campagne de Marine Le Pen.

«Volonté populaire de renverser la table»

Le peuple. «Marine» en a fait hier son argument central. Gaëtan Bertrand, responsable numérique à son QG présidentiel, a analysé en détail la victoire du Brexit au Royaume-Uni, puis l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis. «Tout a été passé au crible. Et à chaque fois, la volonté populaire de renverser la table du système nous est apparue comme le moteur le plus puissant.» Résultat hier: un discours «au nom du peuple» face aux «deux totalitarismes économique et religieux» prononcé par une candidate restée jusque-là discrète. Pas de conférence de presse. Une présence constante au premier rang. Une volonté de faire bloc, pour surmonter les rivalités de personnes qui minent le sommet du parti.

Thibaut Garnier est l’un des jeunes militants cités en exemple aux «Assises» de Lyon. Avant, il défendait les idées souverainistes de l’ex-socialiste Jean-Pierre Chevènement. Aujourd’hui, Marine l’a choisi pour convaincre les milieux étudiants en Rhône-Alpes. «Deux réalités nous profitent à plein. La première est l’effondrement des partis politiques traditionnels dont les élus sont complètement déphasés par rapport aux réalités vécues par la population. La seconde est le rejet de l’Union européenne. On fait peur aux Français avec l’euro. On leur explique que la monnaie unique est indéboulonnable. Mais c’est faux. Les gens voient que ça ne marche pas.»

Référendum sur l’appartenance à l’UE

Le contraste est saisissant. Il préfigure peut-être le duel final, le 7 mai, de cette présidentielle imprévisible. Samedi au Palais des sports de Gerland: plus de dix mille personnes venues voir et applaudir Emmanuel Macron. Lequel a fait scander «Europe!» à ses partisans, devant des drapeaux tricolores et étoilés. Dimanche, à l’autre bout de la capitale des Gaules, une volonté d’en finir résumée par le premier des 144 engagements frontistes: «Rendre à la France sa souveraineté nationale, vers une Europe des nations indépendantes, au service des peuples.» Une souveraineté dont Marine le Pen a de nouveau, dans son discours, décliné les quatre versants: monétaire, législative, territoriale, économique. Avec deux promesses: celle d’engager de suite des négociations avec Bruxelles, puis d’organiser un référendum sur l’appartenance de la France à l’UE.

«Je sens vraiment que les gens s’interrogent. Tout peut basculer», confie José Evrard, un ancien cadre communiste du Pas-de-Calais, désormais aux avant-postes du FN dans sa région minière et sinistrée. Les questions fusent. Comment croire Marine Le Pen lorsqu’elle promet de rendre 40 milliards d’euros aux Français par l’effet combiné d’une baisse d’impôt et d’aides à la consommation? Comment apparaître crédible lorsque les experts du FN – dont le chiffrage budgétaire du programme est détaillé en quatre pages – évoquent 2% de croissance annuelle dès 2018, et 2,5% en fin de quinquennat? Et quid de l’abandon de l’euro, que les 144 engagements évitent d’annoncer noir sur blanc?

«La campagne va nous être bénéfique»

«Tout va se jouer au sein des classes moyennes décimées», répond le septuagénaire, élu d’un département gangrené par 19% de chômage. Au micro, dans l’auditorium voisin, Marine Le Pen jure de se battre pour la sécurité sociale «menacée de démantèlement par François Fillon» et promet de renvoyer «Macron à sa banque Rotschild». La candidate frontiste sait qu’elle fait la course en tête. Et que le virage décisif sera celui du second tour, pour lequel presque tous les sondages la donnent perdante: «La campagne va nous être bénéfique, pronostique l’ex-communiste José Evrard. Toutes nos forces doivent être mises au service d’un seul objectif: montrer que la France peut aujourd’hui faire confiance à Marine.»


Hamon-Mélenchon, l’autre duel

La prouesse est originale. Son résultat peut prêter à sourire: «Jean-Luc Mélenchon n’est plus capable d’endiguer tout seul la progression de Benoît Hamon. Il a besoin d’un clone», rigolait dimanche un cadre du Parti socialiste, après l’investiture officielle du vainqueur de la primaire «citoyenne». Motif de cette plaisanterie: l’apparition de Jean-Luc Mélenchon, hier, dans deux meetings simultanés à Lyon et Aubervilliers. En personne dans la capitale des Gaules, pour mieux y défier Marine Le Pen. Par hologramme interposé en banlieue parisienne, une première.

Pas sûr, néanmoins, que ce dédoublement permette au candidat de la gauche radicale d’arrêter la vague Hamon. Passé de 7% dans les sondages à 17% ces derniers jours, Benoît Hamon a l’avantage d’être soutenu par un PS revigoré par sa non-implosion entre «réalistes» et «utopistes». Résolu à «rassembler les socialistes autour d’un horizon nouveau», l’ancien ministre a même salué hier François Hollande, dont il conteste pourtant l’essentiel du quinquennat. «Ne les laissez pas refaire le coup du discours du Bourget!» a tonné de son côté Mélenchon, en référence aux promesses non tenues du président sortant.

(R.W.)


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