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Marine Le Pen le 16 décembre 2017.

France

Marine Le Pen, la revanche ou la panne en 2018

La présidente du Front national joue gros en ce début d’année. Le congrès de son parti aura lieu en mars. Son échec face à Emmanuel Macron et les divisions au sein du FN pèsent encore très lourd

L’avenir immédiat du Front national se jouera sur son terrain électoral. Lorsqu’elle se présentera, les 10 et 11 mars, devant les adhérents de son parti convoqués à Lille pour son XVIe congrès, Marine Le Pen pourra compter sur les bataillons de ses partisans nordistes.

Implantée électoralement à Hénin-Beaumont dont elle est devenue députée en juin – l’un de ses plus proches soutiens, Steeve Briois, est depuis 2014 le maire de cette commune proche de Lens (Pas-de-Calais) –, la présidente du FN a transformé en bastion cette région minière et industrielle autrefois quadrillée par les partis socialiste et communiste. Le fait que cinq des députés frontistes sur huit, dont elle-même, aient été portés à l’Assemblée nationale par les électeurs du Nord et du Pas-de-Calais en est la preuve. Et deux d’entre eux sont des symboles porteurs: Ludovic Pajot (Nord) est à 23 ans le benjamin de l’Assemblée, position déjà occupée sous la précédente législature par Marion Maréchal-Le Pen, la nièce de Marine qui ne se représentait pas. Tandis que José Evrard, 71 ans (Pas-de-Calais), a été militant et dirigeant local du PCF pendant plus de trente ans.

Lire aussi la chronique: Au Front national, la malédiction Le Pen

Deux absents et une question

C’est pourtant autour du sort de deux absents et d’une question économique majeure que se jouera en partie le congrès de mars. Enjeu pour la fille du fondateur du FN Jean-Marie Le Pen, toujours en embuscade pour dénoncer la «casse sociale» du gouvernement et les violences du nouvel an contre les policiers à Champigny (Val de Marne): Faire oublier son échec présidentiel face à Emmanuel Macron (malgré 33,9% des voix, plus de 10 millions d’électeurs et le meilleur score jamais enregistré par son parti) et le désastreux débat télévisé du 3 mai 2017.

Le premier est Florian Philippot, son ex-bras droit démissionnaire du Front en septembre, toujours député européen et désormais à la tête des Patriotes. La seconde est Marion Maréchal, reconvertie à 29 ans dans le secteur de la formation, mais toujours très appréciée dans l’autre bastion électoral de l’extrême droite qu’est le sud de la France.

La question porte, elle, sur le programme du FN vis-à-vis de l’euro: «Pour Marine Le Pen, 2018 sera l’année de la revanche ou de la panne. Il est évident que son rejet de la monnaie unique n’est pas tenable. Une majorité de Français ne souhaitent pas abandonner l’euro aujourd’hui, juge, dans le cadre d’un séminaire à la Fondation Jean-Jaurès, le politologue Jean-Yves Camus, auteur de Les Droites extrêmes en Europe (Seuil). Réunifier le parti et clarifier sa ligne: tels sont les enjeux.»

Une figure encore très populaire

La présidente du FN, qui présentera ses vœux à la presse à la mi-janvier, est consciente de l’ampleur du défi pour son parti. L’enracinement local de celui-ci a considérablement progressé depuis son accession à la présidence en janvier 2011 – il compte depuis 2015 plus de conseillers régionaux (358) que le Parti socialiste (355) – mais son avenir reste bloqué par la logique majoritaire de la Ve République. L’exemple des législatives a fait mal. Lors de ce scrutin, le nombre d’électeurs du FN a dévissé à environ 15% des suffrages, soit la moitié moins qu’à la présidentielle. Ses huit députés – contre deux seulement en 2012 – constituent en outre un sévère repli pour cette formation, premier parti de France, depuis son succès aux européennes de 2014.

Comment desserrer l’étau? «Il suffit d’écouter nos militants pour le savoir: Marine reste très populaire, alors que Florian Philippot ne l’était pas. Elle incarne toujours le Front, parti populaire au programme de redressement national. Quant à la donne européenne, elle est claire: regardez l’Autriche où notre parti allié, le FPÖ, arrive au pouvoir. Regardez l’Allemagne et le succès de l’AfD…», juge le vice-président du FN Nicolas Bay. Lequel, ironie de l’histoire, avait en 1992 participé à la dissidence ratée de Bruno Mégret contre Jean-Marie Le Pen.

Vite dit, mais juste. La popularité de «Marine», sa légitimité et sa proximité avec les militants restent des atouts maîtres dans une formation dominée par le culte du chef.

Ci-dessous, ses vœux aux Français, postés le 31 décembre sur Twitter:

Autre avantage: le calendrier politique. 2018 est une année sans échéance électorale en France, ce qui lui permettra de rebâtir son projet autour des lignes traditionnelles de l’extrême droite que sont la lutte contre l’immigration, la défense des frontières commerciales, le rejet de l’UE, et le soutien à la France provinciale «périphérique» des villes moyennes, désertées par les commerces. 2019 en revanche offrira deux scrutins a priori favorables au FN: les européennes (à la proportionnelle intégrale) et les municipales (dix communes avaient été conquises en 2014).

Se renouveler, mais pas trop

Trois obstacles, en revanche, pèseront lourd dans la balance. Le premier tient au succès ou non d’Emmanuel Macron. Si la croissance économique française est au rendez-vous, la ligne pro-européenne du président français sera confortée, compliquant encore plus l’équation du FN au sujet de l’euro. Deuxième facteur: la situation budgétaire très délicate du parti. Financièrement en difficulté, et ne disposant pas d’un bassin suffisant d’élus nationaux et locaux pour approvisionner ses caisses, le Front national est en plus poursuivi en justice pour des pratiques financières illégales, et pour avoir recouru à des emplois fictifs d’assistants parlementaires européens. Deux banques, HSBC et la Société Générale, l’ont sommé de fermer ses comptes en novembre. 2018 pourrait donc être l’année d’un grand déballage judiciaire à double tranchant, car les investigations de la justice sont aussi un bon moyen de rameuter les troupes et de crier à l’assassinat politique.

Dernier écueil enfin: la personnalité de Marine Le Pen. Sa détermination à tenir d’une main de fer le parti – dont le numéro deux n’est autre que son compagnon Louis Aliot (député des Pyrénées-Orientales) – l’a conduite à répudier son père Jean-Marie, à se brouiller avec sa nièce Marion Maréchal, et à encaisser seule l’échec de la présidentielle. «J’ai raté un rendez-vous avec les Français», avait-elle confié le 20 octobre sur le plateau de France 2. Conséquence selon le politologue Pascal Perrineau, auteur de La France au Front (Fayard): «Beaucoup dépendra d’elle. Elle fonctionne comme une marque. Elle doit donc savoir se renouveler tout en restant fidèle à son socle: populiste, nationaliste, ancrée sur la défense des services publics. La bataille de 2018 est d’abord une bataille avec elle-même.»

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