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En Grèce, ces lundi et mardi, la puissante Fédération nationale des marins a gelé toutes les liaisons maritimes.
© Costas Baltas/REUTERS

Union européenne

Les marins grecs ouvrent la voie aux grèves

Le mouvement pourrait constituer un précédent dans un pays tout juste sorti de la tutelle des créanciers

«J’étais venue sur l’île pour célébrer saint Nektarios, et je suis bloquée ici…», s’énerve Pénélope, 60 ans. Avec deux autres fidèles du saint protecteur de l’île d’Egine, elle attend. Assises sur un banc devant le kiosque de vente de billets de ferry, les trois femmes ruminent leur désespoir. «Je vais perdre mon billet d’avion», s’insurge l’une. «Ma fille ne gagne que 460 euros par mois, en travaillant 6 jours sur 7. Et elle ne se met pas en grève», tempête l’autre.

Liaisons maritimes gelées

En Grèce, ces lundi et mardi, la puissante Fédération nationale des marins a gelé toutes les liaisons maritimes. Sur l’île d’Egine, à une heure de bateau du continent, le mouvement a provoqué le mécontentement de tous ceux qui misaient sur une seule journée sans ferry et déploraient la prolongation du mouvement.

D’autres, comme Alex Bolgo, un touriste de 28 ans originaire de Roumanie, ont décidé de prendre ça avec humour et philosophie: «Je reste plus longtemps sur l’île. Il y a pire, non?» s’amuse-t-il. Et puis il ajoute: «Ils veulent de meilleurs salaires, ils ont raison. Les Grecs sont aussi mal payés que les Roumains…»

Depuis 2010, nos salaires, de même que nos effectifs, ont baissé de 30%

Antonis Dalakogiorgos, président de l’Union panhellénique des marins de la marine marchande

«Nous voulions une hausse significative des salaires et des pensions, une révision des cotisations à la sécurité sociale, de nouvelles embauches pour assurer la sécurité des passagers et les conditions de travail des marins», explique le président de l’Union panhellénique des marins de la marine marchande, Antonis Dalakogiorgos. Avant de se justifier: «Depuis 2010, nos salaires ont baissé de 30% en moyenne et les effectifs ont été réduits de près de 30%.» Lui aurait souhaité que la grève se poursuive pour que davantage de revendications des marins soient satisfaites.

Certains s’inquiètent de ce mouvement. Il intervient «au milieu de la période touristique, ce qui porte un coup important à l’industrie, non seulement pour cette période mais aussi pour plus tard compte tenu du climat d’insécurité», a ainsi estimé l’Union des entreprises de ferries (SEEN).

L’autre source de craintes tient au calendrier. Cette grève est la première depuis la sortie de la Grèce des mémorandums, ces accords de prêts signés à trois reprises depuis 2010 pour éviter à Athènes un défaut de paiement en imposant de strictes mesures d’austérité dans le pays – comme l’abolition des conventions collectives, des baisses des salaires ou encore la facilitation des licenciements.

Risque d'effet boule de neige

Ce mouvement servira-t-il d’exemple à d’autres catégories professionnelles? Giorgos le craint. Cet opticien d’Athènes qui refuse de donner son nom tempête: «Les marins sont des privilégiés. Leur mouvement est inacceptable…» Il voit même un risque: celui d’un effet boule de neige: «Si les grévistes obtiennent déjà tout ce qu’ils veulent, nous courons droit à la catastrophe!» Lui n’a pas l’intention «de verser un euro de plus à ses salariés».

«Nous travaillons entre 12 et 17 heures par jour, plusieurs semaines d’affilée», explique de son côté le syndicaliste Antonis Dalakogiorgos, tout en précisant que le salaire de base est de 1060 euros brut. «Nous devons entamer un nouveau cycle d’activisme pour rétablir des conventions collectives dans toutes les branches.» Mais il ne fait absolument pas confiance au gouvernement de gauche, mené par Alexis Tsipras, pour atteindre cet objectif. «Il n’a rien à donner», déclare-t-il, tant, selon lui, le gouvernement est encore dépendant des créanciers du pays.

Insatisfactions et attentes de la population

Pourtant, depuis la sortie des mémorandums, le gouvernement multiplie les déclarations sur les mesures sociales qu’il entend prendre. Le premier ministre devrait les détailler dans son discours à la Foire internationale de Thessalonique qui marque traditionnellement la rentrée politique, économique et sociale grecque. Seraient prévus des allégements fiscaux, une hausse du salaire minimum et le retrait d’une énième réforme des retraites.

«En Grèce, pour aller vers la reprise, la seule possibilité est de stimuler la demande», explique le professeur Savas Robolis. Selon lui, les investissements étrangers, qui constituent la base de la reprise, sont tournés essentiellement vers le tourisme. «Le seul moteur de la croissance est la demande intérieure.» Or la reprise est impérative: il faudrait vingt-cinq ans avec une croissance annuelle de 1,5% en moyenne pour que le pays retrouve son PIB de 2009. La Grèce est sortie des mémorandums, mais les insatisfactions et attentes de la population s’exposent de nouveau au grand jour.

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