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Mario Monti chargé de faire oublier Silvio Berlusconi

Au lendemain de la démission du Cavaliere, sous les huées de la foule, l’ex-commissaire européen a été chargé par le président Giorgio Napolitano de former le nouveau gouvernement. Pour les marchés, s on parcours vaut toutes les garanties

Moins de vingt-quatre heures après la démission, sous les huées de la foule, de Silvio Berlusconi, l’économiste Mario Monti a été hier soir chargé par le président de la République, Giorgio Napolitano, de former le nouveau gouvernement italien. Le chef de l’Etat souhaitait absolument effectuer cette désignation avant la réouverture ce lundi matin des marchés. Le prestige académique, la compétence reconnue de Mario Monti devraient non seulement reléguer aux archives dix-sept ans de Berlusconi mais surtout calmer les attaques contre l’Italie. «Il nous faut une personnalité qui soit respectée en Europe et dans le monde. Seul Monti peut nous sauver», jugeait encore il y a quelques jours l’ancien président du Conseil Romano Prodi.

Sans la moindre expérience gouvernementale, Mario Monti s’apprête à endosser à la fois le costume de pompier et de réformateur d’un pays bloqué. Et cela avec le soutien du Parti démocrate qui plébiscite cet expert d’inspiration libérale. Car en ces temps de tourmente financière et de délitement de la Péninsule, son parcours vaut toutes les garanties ou tout rapport d’une agence de notation.

Né en 1943, il devient, à seulement 26 ans, professeur d’économie politique à l’Université Bocconi, à Milan. Il en deviendra le recteur en 1989. Un an plus tôt, il a été catapulté vice-président de la banque Comit par Romano Prodi, alors dirigeant du colosse industriel public IRI qui partage avec lui la passion du vélo mais surtout la volonté de réorganiser les entreprises nationales. Entre les deux «Professori», l’estime est réciproque. Mais Gianni Agnelli non plus n’a jamais manqué d’exprimer sa considération pour Mario Monti, au point de lui demander d’entrer dans le conseil d’administration de Fiat. Fort de cette stature universitaire et de cette expérience de l’entreprise, c’est assez naturellement que Silvio Berlusconi se tourne vers lui en 1994 pour le proposer comme commissaire européen. Même si en termes de caractère, tout différencie ces deux Lombards.

Courtois avec tous ses interlocuteurs, Mario Monti n’a jamais sorti de blagues en public. Il n’aime pas non plus le conflit, ni la polémique. A l’optimisme forcené de Berlusconi, il oppose une austérité ostensible. Chargé du Marché intérieur puis de la Concurrence, Mario Monti se révèle intraitable y compris face aux colosses économiques. Il s’oppose ainsi à la fusion entre Honeywell et General Electric et n’hésite pas à infliger une amende de 497 millions d’euros à Bill Gates et Microsoft pour abus de position dominante. En 1999, l’ancien communiste Massimo D’Alema, devenu président du Conseil, décide de le reconduire à Bruxelles. Sur place, l’économiste met en pratique ses convictions pour une UE puissante et intégrée. «Il prône une Europe communautaire à la Delors», souligne l’ancien ministre Enrico Letta.

A la fin de son mandat européen, en 2004, Mario Monti rentre à la Bocconi tout en continuant à dispenser ses conseils dans de nombreuses commissions et à intervenir régulièrement dans le débat politique, notamment dans les colonnes du Corriere della Sera. C’est sur le grand journal de Milan qu’il hausse le tir et le ton contre Silvio Berlusconi à partir de l’été dernier. Il stigmatise un Cavaliere qui a transformé l’Italie en pays à souveraineté limitée où les décisions sont prises par un «gouvernement technico-supranational ayant son siège entre Bruxelles, Francfort, Berlin, Londres et New York». Il défend vigoureusement l’euro contre un président du Conseil qui estime que la «monnaie unique n’a convaincu personne».

«Mesures impopulaires»

Peu à peu, les interventions de Mario Monti apparaissent comme un véritable programme de politique économique approuvé par ­Giorgio Napolitano, le vieux chef de l’Etat, europhile convaincu, qui a piloté très habilement la sortie en douceur de Silvio Berlusconi. «Le problème, c’est la croissance», souligne aujourd’hui l’ancien commissaire qui envisagerait d’un côté de nouvelles mesures d’austérité pour 25 milliards d’euros, des libéralisations, des privatisations et davantage de flexibilité sur le marché du travail, mais aussi une sérieuse chasse à l’évasion fiscale et une taxe sur le patrimoine. S’il plaide pour «une économie sociale de marché», Mario Monti ne ­cache pas qu’il faudra «mettre en œuvre des mesures impopulaires». ö Page 12

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