Désarmement

Mark Henley photographie les négociations de la paralysie

Comment photographier un non-événement? Pendant trois ans, Mark Henley est l’un des rares journalistes à avoir couvert la Conférence du désarmement, complètement bloquée depuis 19 ans

Les négociations de la paralysie

Mark Henley, le plus Genevois des photographes britanniques, se souvient très bien de la première fois qu’il a suivi la Conférence du désarmement, au Palais des Nations. «C’était le 31 janvier 2012. Je venais d’avoir mon accréditation pour entrer à l’ONU. Quelqu’un au service de presse m’a tiré par la manche et m’a dit qu’il fallait que je voie ça», se rappelle-t-il. L’objet en question est la Conférence du désarmement, une enceinte de 65 pays, incapable de produire le moindre résultat depuis 1996. Un non-événement permanent.

Bref, tout ce qui intéresse Mark Henley. Le photographe a obtenu l’année dernière le prestigieux prix Swiss Press Photo, pour sa couverture des négociations sur le nucléaire iranien, un autre sujet a priori peu propice à la photographie de presse. «La conférence traite de sujets extraordinairement importants – le désarmement nucléaire, la réduction des budgets militaires… – mais est complètement paralysée. Un contraste saisissant.»

Ces trois dernières années, Mark Henley est donc régulièrement retourné à la Conférence du désarmement, qui tient trois sessions par année, réglée comme un coucou suisse. Il est de plus en plus seul. Depuis le temps qu’elle ne fait plus l’actualité, les journalistes ont déserté la salle qui accueille les vains débats. Dans l’entre-deux-guerres, les lieux accueillaient le Conseil de la Société des Nations, l’ancêtre de l’ONU, qui s’était fracassée sur la montée des fascismes et la course aux armements menant à la Seconde Guerre mondiale. Aux murs et au plafond, d’imposantes fresques pacifistes de l’artiste espagnol José Maria Sert. C’est dans ce décor solennel que la Corée du Nord côtoie la Corée du Sud, que l’Inde et le Pakistan s’y rendent coup sur coup. Ces derniers temps, la crise ukrainienne y a fait irruption.

Au début de l’année, le représentant mexicain a tenté de secouer la conférence. Il a, par exemple, imposé aux délégations des délais pour qu’elles reçoivent des instructions de leur capitale. Un mandat de négociations allait-il enfin être adopté, après plusieurs tentatives avortées? Fausse alerte. Comme souvent, le Pakistan a mis son veto. Une obstruction qui arrange bien les autres puissances nucléaires, accrochées à leurs privilèges. La conférence ne peut avancer sans consensus. Le président mexicain a laissé sa place, au terme de son mandat d’un mois, un autre anachronisme. «Ce n’est pas un groupe de discussion mais une conférence de négociation. Et ils n’ont pas négocié la moindre chose depuis dix-neuf ans. C’est presque criminel», s’est récemment indigné le directeur de l’ONU à Genève, Michael Moeller. La dernière ONG qui suivait encore les débats vient de jeter l’éponge. «Je me sens comme une responsabilité d’y retourner», conclut Mark Henley.

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