Etats-Unis

Mark Zuckerberg, les coulisses d’une tournée spontanée très contrôlée

Le patron de Facebook va à la rencontre des Américains pour comprendre leurs attentes. Une tournée déjà bien entamée, et très contrôlée. Les chanceux anonymes doivent respecter certaines règles pour approcher le milliardaire

Mark Zuckerberg prend des chemins détournés pour rencontrer des gens ordinaires. Ceux qu’ils ne croisent pas dans son quotidien d’entrepreneur milliardaire. Sa tournée des Etats américains est déjà bien entamée, et ses véritables intentions intriguent toujours autant. Le patron de Facebook rêve-t-il de conquérir la Maison-Blanche? Le Wall Street Journal n’apporte pas de réponse, mais propose une plongée dans les coulisses de cette drôle de tournée. Derrière la supposée spontanéité des rencontres se cache une organisation millimétrée. Les personnes qui ont l’honneur de croiser Mark Zuckerberg doivent respecter des consignes strictes. Le quotidien américain en liste trois principales.

Règle No 1. Il est probable que la personne ne soit pas au courant de la venue de Mark Zuckerberg.

Règle No 2. Si elle est informée de sa visite, elle ne doit pas en informer son entourage.

Règle No 3. La personne ne doit pas révéler la teneur de la discussion.

Ces contraintes tranchent avec les photographies postées par le maître des réseaux sociaux, où il apparaît tout sourire en compagnie d’anonymes. Surtout, cette opération de communication semble contredire «l’esprit» de son réseau social. Alors que les utilisateurs de Facebook sont invités à partager les moments les plus intimes de leur vie, l’équipe de Mark Zuckerberg veut avoir un contrôle total sur cette tournée. Pas moins de huit assistants et responsables accompagnent le célèbre entrepreneur, dont un photographe professionnel qui immortalise son périple.

Lire aussi: L’article du Wall Street Journal (accès payant)

Mise en scène déconcertante

Le milliardaire de 33 ans rêvait de «discuter avec des gens de comment ils vivent, travaillent et de ce qu’ils pensent du futur». Sauf que son objectif de l’année n’échappe pas à une mise en scène parfois déconcertante. Kyle McKasson est le patron du Wilton Candy Kitchen, une boutique centenaire dans le centre-ville de Wilton, dans l’Iowa. En juin, deux hommes et une femme bien apprêtés entrent dans son magasin connu pour recevoir des candidats à la Maison-Blanche.

Les trois personnes demandent à faire le tour du propriétaire, sans dévoiler leur identité. Quatre jours plus tard, elles reviennent et révèlent leur véritable mission: «Mark Zuckerberg va arriver dans cinq minutes.» Surpris, Kyle McKasson demande ce qu’il doit faire. «Rien», lui répond le trio. Le patron de Facebook passe la porte du magasin et commande une glace au chocolat. Un assistant sort une carte de crédit et règle la note. Pendant ce temps, Mark Zuckerberg discute avec la caissière et le gérant. Simple comme bonjour.

Durant son séjour à Wilton, Mark Zuckerberg a également rencontré Bob Barrett, le maire de la ville, et Chris Ball, un autre responsable local. Mais ils ont reçu l’ordre de ne pas évoquer cette rencontre avec les journalistes. «Ils m’ont dit de renvoyer les gens vers leurs responsables presse», indique Chris Ball. Tout est sous contrôle, ou presque.

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Effet de surprise

Parfois, l’effet de surprise tombe à l’eau. A Chicago, une serveuse a dû installer une centaine de chaises supplémentaires pour accueillir les nombreux curieux dans son café. La raison? Quelqu’un a fait fuiter l’information. Un couac qui a probablement agacé Amy Dudley, la porte-parole de la Chan Zuckerberg Initiative LLC. Créée par le patron de Facebook et sa femme Priscilla Chan, l’organisation gère la tournée américaine. Amy Dudley assure que ces visites impromptues permettent d’obtenir des échanges «honnêtes et sincères».

Mais le patron le plus connu au monde n’est pas toujours reconnu par ses interlocuteurs. En juin, il a assisté à un iftar (le repas de rupture de jeûne durant le ramadan) à Minneapolis. Dans la salle, la plupart des personnes présentes sont des réfugiés somaliens. Personne ne le reconnaît. Même scène à Clarksdale, dans le Mississippi. Le musicien James «Super Chikan» Johnson devait jouer en février devant un client mystère. Mais quand Mark Zuckerberg vient le saluer sur scène, l’artiste est étonné. «C’est le gars de Facebook, le gars qui possède Facebook», lui souffle-t-on. Mais rien n’y fait, il ne connaît pas cet individu.

Hôtel à 1000 dollars la nuit

Autre savoureuse anecdote en Alaska: alors qu’il souhaite rencontrer des gens ordinaires, le milliardaire a séjourné dans un hôtel à 1000 dollars la nuit. A cette occasion, il a également vanté les bienfaits du revenu universel. Dans cet Etat, un fonds permanent permet de distribuer les dividendes du pétrole aux habitants sous la forme d’un revenu de base inconditionnel. Montant des versements: environ 1000 dollars par an. Le média américain Gizmodo dénonce «l’hypocrisie» de l’opération.

Ces petites anecdotes racontées par le Wall Street Journal montrent que Mark Zuckerberg a encore du chemin à faire pour acquérir une image d’homme accessible, condition indispensable pour devenir président. Mais il assure ne pas y penser. Une petite phrase relayée par un anonyme semble d’ailleurs le confirmer. «Si des journalistes vous posent la question, dites-leur que je ne suis pas candidat à la présidence», a-t-il simplement demandé, avant de s’éclipser.

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