Mobilisés et enthousiastes, les Marocains ont répondu présent dimanche à l’appel à manifester lancé dans tout le pays par des jeunes sur les réseaux sociaux. Des dizaines de milliers d’entre eux se sont rendus dans le calme dans les rues de Rabat, Casablanca, Tanger ou Agadir pour demander «de la démocratie, de l’égalité et de la justice». La très officielle agence Maghreb Arabe Presse avait pourtant annoncé que les manifestations étaient annulées. Mais sans réussir à casser le mouvement. «Les autorités ont fait le tour des quartiers populaires pour dire aux gens de ne pas sortir s’ils ne voulaient pas avoir de problèmes. Mais la soif de changement a été la plus forte», s’enthousiasme Khadija Ryadi, la présidente de l’influente Association marocaine des droits de l’homme.

Le vent de liberté qui souffle dans le monde arabe a inspiré les Marocains et poussé dans la rue des citoyens qui jusqu’alors se tenaient à l’écart de tout rassemblement. Le sourire accroché aux lèvres et le point levé, Afad, un jeune professeur de Rabat, est fier de ce baptême du feu: «Il était temps qu’on se mobilise enfin pour demander que la Constitution soit vraiment démocratique et que les inégalités cessent. Les Tunisiens et les Egyptiens ont montré l’exemple, à nous de prendre le relais.»

A quelques centaines de mètres de lui, Adil Ourabai est tout aussi exalté. Drapeau marocain en guise de cape et banderole brandie à bout de bras, il a fait le déplacement de Belgique, où il vit depuis trois ans: «Je voulais participer à ce mouvement historique. L’heure est venue pour le Maroc d’enfin accorder de la liberté, de l’emploi et de l’égalité à ses citoyens.»

Appui du cousin du roi

Pas d’appel à la démission du roi Mohammed VI pour l’instant, mais l’exigence d’un vrai changement. «Ce n’est pas normal que le roi détienne tous les pouvoirs et que l’on n’ait toujours pas cette démocratie qu’on nous promet depuis si longtemps», s’insurge au milieu du cortège Abdelaziz el-Bagrini, un ancien détenu politique «enchanté de voir que la jeunesse se mobilise enfin pour faire avancer les choses».

Alors que les mouvements protestataires sont souvent divisés au Maroc, le mot d’ordre des rassemblements était celui de l’unité. Pas de banderoles partisanes ni de fanions syndicaux dans la foule, mais une revendication centrale: «Le changement de la Constitution». Les cortèges ont ainsi rassemblé côte à côte des islamistes, des gauchistes, des étudiants, des ouvriers et même une partie de l’élite marocaine. «On n’est pas seulement là pour demander du pain et du travail. Il est temps que le régime change radicalement et que l’on ait enfin un système politique et social qui fonctionne», plaide Maria Alaoui, institutrice dans une école française à Casablanca. Seuls absents, les partis politiques qui se sont en grande partie tenus à l’écart du mouvement.

En fin de journée, les autorités marocaines n’avaient pas réagi à la mobilisation. Le prince Moulay Hicham, cousin dissident du roi, s’est, lui, exprimé pour apporter son soutien aux manifestants et à «toute initiative qui appelle à la démocratisation de notre système politique». Dopés par ce premier succès, les organisateurs du mouvement ne veulent en tout cas pas s’arrêter en si bon chemin. «On attend de se mettre d’accord avec les groupes des autres villes pour organiser la suite, mais les manifestations vont se poursuivre», annonce déjà Nezar Ben Mate, l’un des leaders à Rabat.