Le bruit de la guerre qui dévaste l'Europe. L'exode effréné des parisiens vers le sud. La France coupée en deux par la ligne de démarcation. La Suisse romande aux avant-postes de la tragédie. C'était il y a 80 ans. Chaque semaine de l'été, «Le Temps» vous raconte qui, entre larmes et rire, collaboration, compromissions et résistance, façonna la France à l'heure allemande. 

Episodes précédents:

«Sauf dans le cas d’une agression, nous ne prendrons pas part à une guerre étrangère.» Tout au long de sa traversée de l’Atlantique, Varian Fry a ressassé cette phrase de Franklin D. Roosevelt, que lui a répétée personnellement l’épouse de ce dernier, Eleanor, lors de la fondation à New York, en juin, de l’Emergency Rescue Committee. Réélu en 1936, le président des Etats-Unis campe alors sur une ligne isolationniste que seule l’agression japonaise de Pearl Harbor, le 7 décembre 1941, fera voler en éclats.

Indigné, l’ambassadeur américain à Paris, William Bullitt Jr, n’a pas obtempéré à l’ordre de la Maison-Blanche de suivre, en pleine débâcle, le gouvernement français à Bordeaux, puis son installation à Vichy après l’armistice du 22 juin 1940. Pour le remplacer, Roosevelt a songé à envoyer dans la station thermale devenue capitale de l’«Etat français» le général John Pershing, ancien commandant en chef des forces américaines en Europe durant la Première Guerre mondiale et… vieil ami du maréchal Pétain. Refus. La Maison-Blanche a donc choisi d’expédier en «zone libre» un autre militaire, l’amiral William Leahy, qui deviendra ensuite le plus proche conseiller de Roosevelt. Sa mission? Coopérer. Et ne pas s’aliéner l’occupant nazi…