Hôtel de ville de Marseille, 6 novembre 2009. Tout sourire, le maire Jean-Claude Gaudin remet solennellement à Nourredine Cheikh, le président de l’association La mosquée de Marseille, son permis de construire tant attendu. Le site mesure 7500 mètres carrés, loué pour une somme presque symbolique (24 000 euros par an). Il comprend un minaret de 25 mètres, une salle de prières de 3500 mètres carré, un restaurant, un centre culturel. En 2011, ce devrait être la plus grande mosquée de France. Sous les balcons, le Front national donne de la voix, rappelant qu’il a déposé un recours en urbanisme. Mais les 200 000 musulmans de Marseille, dont la moitié ont la nationalité française, savent qu’une page est tournée, 72 ans après le premier projet de mosquée dans le principal port méditerranéen.

A la différence de la Suisse ou de l’Italie, l’islam de France est d’ancrage ancien, nourri par l’héritage colonial et par les migrants. Les musulmans sont entre 4 et 5 millions, et se partagent aujourd’hui près de 2000 lieux de prière, dont peu de mosquées à proprement dire il s’agit plus d’un «islam des usines et des caves», selon la formule consacrée. La situation s’est pourtant fort améliorée, selon le chercheur Franck Fregosi, pour qui la cérémonie marseillaise de novembre aurait été «inimaginable il y a 20 ans». «Tous les partis, moins l’extrême droite, sont désormais conscients qu’il faut des lieux de culte décents et repérables, et souvent les mairies portent les projets. On est passé d’un débat de minorité à un débat de citoyenneté». Près de 200 projets sont actuellement recensés, souvent de taille modeste.

A Strasbourg, Saint-Etienne ou Poitiers, ils sont plus imposants, et comportent des minarets. «Il y a souvent un accord pour que la mosquée respecte son environnement, explique Franck Frégosi, ainsi à Strasbourg, les fidèles eux-mêmes ont repoussé le projet initial, jugé d’inspiration trop syrienne, pour choisir finalement un édifice en grès des Vosges.» Un projet à plus de 20 millions d’euros.

Le financement difficile

La question du financement des lieux de culte reste de fait à régler. En raison de ses origines, l’islam de France n’est pas riche, et la loi interdit le financement public d’édifices religieux. L’Etat n’en redoute pas moins l’influence des bailleurs de fonds étrangers dans les mosquées de l’Hexagone. Les édiles locaux jonglent donc pour aider leurs concitoyens musulmans, et potentiels électeurs, à financer leurs lieux de culte, en concédant par exemple des baux emphytéotiques, dénoncés par des associations aux noms évocateurs – Défense du paysage français, et autres Sursaut républicain.

Du reste, les fidèles aussi préfèrent diversifier leurs financements, parce qu’eux-mêmes sont d’origine diverse, et pour préserver leur indépendance. A Marseille, le gouvernement algérien est pour l’instant le premier contributeur de la future mosquée. Mais les fidèles sont appelés à participer à un « mosquéethon »…