Union européenne

Martin Selmayr, le «monstre» de Bruxelles

L’actuel chef de cabinet de Jean-Claude Juncker et futur secrétaire général de la Commission, l’Allemand Martin Selmayr, divise autant qu’il séduit. Redouté en Suisse, il a marqué fortement la Commission de son empreinte

Souriant et avenant, cet homme au visage poupin et aux yeux bleus ferait difficilement mauvaise impression à celui qui le rencontre pour la première fois. C’est pourtant lui, Martin Selmayr, l’actuel chef de cabinet du président de la Commission Jean-Claude Juncker, que certains appellent aujourd’hui le «monstre» du Berlaymont, siège de l’institution à Bruxelles.

Cet Allemand de 47 ans, né à Bonn, choisi pour prendre la tête du secrétariat général de l’institution, déchaîne les passions depuis qu’il s’est imposé en 2014 en bras droit de Jean-Claude Juncker. Aussi adoré, voire «gourouisé», par sa garde rapprochée, que détesté par d’autres fonctionnaires de l’institution et certains commissaires.

Autant de personnes qui ont à traiter avec lui et supportent difficilement ses méthodes qualifiées d’autoritaires. Pour Jean Quatremer, journaliste du quotidien Libération, Martin Selmayr est à Bruxelles le Frank Underwood de House of Cards, une série américaine sur la Maison-Blanche où le cynisme est roi.

La bête noire de la Suisse

Martin Selmayr fait la pluie et le beau temps à la Commission européenne, une institution de 33 000 personnes qu’il pourra plus encore contrôler dans ses nouvelles fonctions. Auteur de plusieurs livres sur le droit européen et bourreau de travail aussi brillant que manipulateur pour ses détracteurs, ce docteur en droit de formation, qui explique avoir trouvé la vocation européenne lors d’une visite des cimetières de Verdun avec son grand-père, est loin d’être un inconnu en Suisse, où il a étudié et appris à nager dans son enfance.

Il en est même devenu la bête noire après l’épisode de l’équivalence boursière de la fin 2017, dont la limitation à un an lui a été imputée. Une initiative surprise que certains ont jugée assez brutale, se demandant même si Martin Selmayr n’avait pas instrumentalisé la vexation ressentie par Jean-Claude Juncker à Berne en novembre.

Entièrement dévoué à la machine communautaire, Martin Selmayr a fait ses armes aux côtés de Viviane Reding, l’ancienne commissaire luxembourgeoise qui devait assurer l’application la plus stricte possible du principe de libre circulation et qui a peu goûté le référendum suisse du 9 février 2014. Avant elle, c’est un eurodéputé allemand issu de la CDU, Elmar Brok, qui avait repéré le futur «monstre» et lui avait mis le pied à l’étrier via le groupe de médias Bertelsmann.

Des ennemis à... Berlin

Bien qu’Allemand, Martin Selmayr n’est pas membre de la famille politique d’Angela Merkel. Et il n’est pas l’homme lige de la chancellerie. Au contraire. Son goût pour les prises de décision verticale lui a valu quelques ennemis à Berlin, notamment lors de la crise grecque. Avec Jean-Claude Juncker, l’homme a tout fait pour maintenir la Grèce dans la zone euro. Une erreur aux yeux de Wolfgang Schäuble, le ministre des Finances de l’époque, agacé de se faire court-circuiter.

La méthode contestée de cet ultra-puissant eurocrate n’en a pas moins servi certains intérêts allemands, notamment lors de la crise des réfugiés de 2015. Il avait alors travaillé à convaincre les dirigeants européens de la pertinence d’un accord avec la Turquie, comme le voulait Angela Merkel. Loin d’être l’agent de Berlin, celui que l’on nomme aussi le Raspoutine de Bruxelles se situerait plutôt entre Paris et Berlin, favorisant alternativement les plans de l’un ou de l’autre. Une ligne médiane entre Merkel et Macron qui constitue en partie la marque de fabrique de Jean-Claude Juncker. Ou la marque Selmayr.

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