Tout roule pour Martine Aubry. Avec le succès de son parti aux élections régionales, dimanche, la première secrétaire s’installe un peu plus dans le rôle de candidate naturelle du PS à la présidentielle de 2012. On lui découvre aussi un entourage très structuré, qui sait travailler discrètement, en accord avec le caractère de cette femme que l’on dit méfiante et soucieuse de bien cloisonner ses réseaux.

Sur la forme, ses progrès sont évidents. Finis, les tunnels de deux heures où la maire de Lille assénait ses convictions d’un ton monocorde, balayant des sujets allant de la mixité sociale (son dada) à la quasi-interdiction des licenciements. Dimanche soir, son discours était court et sobre, ponctué de formules professionnelles: «Pour une France plus juste. Pour faire gagner l’espoir.»

Certains attribuent cette métamorphose à Claude Posternak, un publicitaire qui travaille de longue date avec Martine Aubry. «C’est un type plutôt mobile intellectuellement, ça doit lui faire du bien, souligne une professionnelle parisienne de la communication. On l’appelait la «méremptoire», et ça lui a collé à la peau, mais aujourd’hui elle passe pour quelqu’un de normal, organisé et rationnel. Sa com’ est bien gérée, parce qu’elle ne se voit pas.» Fidèle à sa réputation de mutisme, Claude Posternak ne commente pas.

Autre progrès: la fabrication d’idées, que son parti avait délaissée. Une structure spécialisée, le Lab, a été mise sur pied. «On a voulu rompre avec la pensée fast-food qui était le trait du PS d’avant, explique le député Christian Paul, qui dirige le Lab. On propose aux gens de travailler avec nous six mois, un an. Il y a une vraie volonté de réécrire notre projet de société, de solder les longues années, depuis 2002, pendant lesquelles le PS s’était dévitalisé.» De manière générale, Martine Aubry «a remis la dynamique du parti dans le bon sens», estime Laurent Baumel, membre de la direction, en le sortant de sa logique d’«affrontement permanent».

Aujourd’hui, le Parti socialiste fait penser à un fleuve redevenu tranquille, mais où les crocodiles seraient toujours aux aguets, invisibles, la gueule cachée à fleur d’eau. Et les relations nourries de la première secrétaire avec les patrons fournissent un angle d’attaque tout trouvé à ses rivaux. Peu avant les régionales, Ségolène Royal a critiqué la proximité de Martine Aubry avec Alain Minc, consultant et ami de Nicolas Sarkozy, ou son appartenance au Siècle, le club de la place de la Concorde, très prisé des notabilités de droite.

Son prédécesseur François Hollande y est aussi allé de sa petite phrase, expliquant il y a quelques semaines, devant des correspondants étrangers, qu’il n’était «pas dans la tradition» que le numéro un du PS soit candidat à la présidentielle – ce qui interdirait à sa dirigeante actuelle de postuler. Mais le veut-elle vraiment? «Elle est très contrôlée, ce n’est pas quelque chose dont on peut lui demander de parler en ce moment», estime le sociologue Michel Wieviorka, un ami de Martine Aubry.

Il note simplement qu’après des débuts difficiles, la première secrétaire est désormais «bien dans sa peau», et qu’elle occupe le centre de gravité de son parti. «Elle incarne une politique sociale vraiment de gauche, la nouveauté, l’ouverture culturelle, et elle est pro-européenne, sans l’ombre d’une hésitation. Elle est à la fois ouverte sur sa gauche et sur sa droite, sans effort particulier.»

Pour la présidentielle, «j’ose espérer que nous aurons l’intelligence collective de choisir le mieux placé parmi les candidats aux primaires», expliquait Martine Aubry le 11 mars dans Libération. Une phrase que Laurent Baumel décrypte ainsi: «Elle ne s’interdit pas cette réflexion, et en même temps elle ne veut pas l’appréhender sous l’angle de l’ambition personnelle. Je pense qu’elle croit vraiment ce qu’elle dit: la question, c’est de savoir qui sera le mieux placé le moment venu.» Il n’est pas impossible que ce soit elle.