Inquiète, mais aussi prudente. La Genevoise Martine Brunschwig Graf, présidente de la Commission fédérale contre le racisme et de l’Association pour la prévention de la torture, réserve son jugement sur l’élection du président américain Donald Trump. Elle attend désormais des actes. «Si l’on s’en tient à ce que le président élu a tenu comme propos en tant que candidat, que ce n’est pas très réjouissant pour l’égalité et la non-discrimination en général. Mais Donald Trump prétend gouverner pour tous les Américains. ll lui appartient désormais de montrer que les propos qu’il a tenus dans son discours mercredi matin sont sérieux et pas du vent. Il est au pied du mur. Il lui reste à faire, pas seulement à dire.» L’ancienne conseillère nationale et conseillère d’Etat rappelle aussi qu’«un président ne gouverne pas tout seul. Il y a un Congrès et une Chambre des représentants. Il faudra également analyser la composition de ces organes législatifs.»

L’enjeu de la justice

Et par rapport à la protection des minorités? «L’enjeu principal se situe peut-être dans l’élection des juges à la Cour suprême. Le président américain dispose d’un pouvoir très important par rapport à la nomination des juges. Il faudra y être attentif. Les Etats-Unis ont une Constitution censée protéger tous les citoyens. En termes d’égalité des droits, celui des citoyens par rapport à la santé sera sans doute le plus rapidement menacé (la réforme Obamacare sur laquelle Donald Trump a promis de revenir, ndlr), avec des risques de discriminations pour les citoyens les plus fragiles économiquement.»

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«Produire du personnel politique de qualité»

Martine Brunschwig Graf estime encore qu’il ne faut pas se saisir trop rapidement du terme de populisme pour qualifier le vote américain. «Il faut surtout comprendre ce vote. On ne peut pas ignorer le désenchantement des Américains, le malaise des votants, et simplement parler de montée du populisme comme généralité.» Elle pointe du doigt la responsabilité des partis, tant démocrate que républicain. «Il y a la faillite des deux grands partis, qui ont présenté des personnes contestées. Cela pose la question du fonctionnement démocratique. On sert à mon avis le mieux la démocratie lorsque les partis produisent un personnel politique de qualité. La situation n’est pas qu’américaine. Les partis ont tendance à produire des candidats calibrés pour gagner des élections, non pas pour gouverner un pays. Ils ont oublié leur mission première, encouragés par les médias. C’est aussi valable pour la France.»