Avec ses complets sombres, ses lunettes à monture noire, ses cheveux blancs toujours impeccablement coiffés, Martti Ahtisaari passerait facilement pour l'un de ces hommes de dossiers qui servent les puissants de ce monde. Un homme de l'ombre, toujours très sérieux, au discours lent et réfléchi. Certainement pas une star. Il vient pourtant d'être propulsé dans la stratosphère médiatique en recevant la semaine dernière le Prix Nobel de la paix.

Mais le Finlandais fait tout pour essayer de réduire son importance. Dans une interview accordée au Temps vendredi, il commentait en une phrase sa réaction à la récompense, l'une des plus prestigieuses au monde. «Ça ne m'excite pas.» Avant d'ajouter, toujours aussi sérieux: «Je suis reconnaissant et bien sûr, le prix va aider. Mais il y a de nombreuses personnes qui auraient pu faire ce que j'ai fait.»

Profondes convictions

Fausse modestie? Le ton sonne pourtant vrai chez cet homme de 71 ans, qui travaille à la paix depuis une quarantaine d'années pour le compte des Nations unies. Derrière les manières de diplomate, il a, chevillées au corps, des convictions extrêmement profondes. «Je crois fermement que tous les conflits peuvent être résolus.» Non pas qu'il soit un enfant de cœur: il ne prédit ni la disparition des guerres, ni leur résolution rapide. Mais, avec les bonnes méthodes, «et de la patience», il croit passionnément que la paix est possible.

Martti Ahtisaari a derrière lui suffisamment de succès en la matière pour rendre son optimisme crédible. Il a travaillé avec réussite à l'indépendance de la Namibie (alors occupée par l'Afrique du Sud), a été un acteur central pour faire taire les armes à Aceh (Indonésie) et, surtout, il a conduit le Kosovo à l'indépendance.

En filigrane, son succès est aussi une récompense aux Nations unies. Critiquée de toutes parts, l'organisation est souvent considérée comme impuissante et peu efficace. C'est pourtant sous son mandat que Martti Ahtisaari a amené à la paix tant de peuples. L'homme vient à la défense de Ban Ki-moon, le très discret secrétaire général des Nations unies. «Prenez l'exemple de la Birmanie (ndlr: après le cyclone en mai). Ban Ki-moon a réussi à débloquer la situation et à faire entrer l'aide humanitaire. En revanche, les pays qui ont politisé le débat, en mélangeant l'urgence humanitaire et les critiques contre le régime, ont desservi les Birmans.»

Cette volonté de l'efficacité, quitte à avaler quelques couleuvres, vient avant tout en grande partie de l'histoire personnelle de Martti Ahtisaari. Né en Carélie, une province désormais russe, le Finlandais a vécu l'exil dans sa jeune enfance. «J'ai été déplacé de force dans mon propre pays et j'ai compris à quel point vous êtes à la merci de vos amis ou de vos ennemis dans ces circonstances.»

S'attaquer au Proche-Orient?

Armé de son Prix Nobel, que va-t-il faire de sa soudaine notoriété? En bon diplomate, il évite de répondre directement, parlant même de prendre sa retraite, même s'il est évident qu'il n'en a aucunement l'intention. Sans qu'il ne le dise expressément, on sent une envie de s'attaquer au problème du Proche-Orient. «Nous devrions avoir honte. Tout le monde sait qu'il convient de prendre des décisions plus dures contre nos amis (ndlr: Israël). Et nous ne pouvons pas ignorer ceux qui ont été élus (ndlr: c'est-à-dire le Hamas). Quel genre de démocrates sommes-nous si nous disons: «Désolés, le mauvais candidat a été élu»? Diplomate certes, mais ne mâchant pas ses mots.