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Dans le quartier populaire de Marzahn, à l’extrême est de Berlin, l’AfD a réalisé dimanche son meilleur score dans la capitale, avec 21,6% des voix.
© © Stefanie Loos/Reuters

Allemagne

A Marzahn, quartier déshérité du grand Berlin, l’AfD a recueilli 21,6% des voix

Alternative für Deutschland a été la seule formation à distribuer des tracts en russe à destination des Allemands venus de l’ancienne Union soviétique. Une opération couronnée de succès dans les quartiers déshérités du grand Berlin

Le parti populiste Alternative für Deutschland (AfD) a réussi son pari. Mais c’est une formation divisée qui va entrer au parlement. Lundi, l’une de ses chefs historiques, Frauke Petry, triomphalement élue dimanche en Saxe, annonçait qu’elle ne ferait pas partie du groupe parlementaire AfD au Bundestag. Frauke Petry, qui rêve à terme d’une coalition avec les chrétiens-démocrates, dénonce la dérive droitiste de son parti et le risque d’isolement qui en résulte. Dans le Berlin politique, ce coup d’éclat n’est pas passé inaperçu. Mais la base se moque de ces querelles de chefs à la veille du congrès du mois d’octobre.

Désabusé face à la classe politique

Dans le quartier populaire de Marzahn, à l’extrême est de Berlin, l’AfD a réalisé dimanche son meilleur score dans la capitale, avec 21,6% des voix. Anna marche à pas pressés sous la pluie froide de ce lendemain d’élections. Cette mère de famille de 33 ans, au chômage depuis près d’un an, vient d’amener ses deux filles au jardin d’enfants… La veste boutonnée jusqu’au menton, elle passe sans les voir devant les affiches du parti populiste, qui promettent de rendre l’Allemagne aux Allemands.

Une jeune femme blonde au ventre rebondi est allongée au soleil sur une pelouse verte et fleurie. Des enfants pour l’avenir de l’Allemagne? «Nous les faisons nous-mêmes!», assure l’AfD. Anna ne dira pas pour qui elle a voté. Mais son discours trahit une profonde aversion pour la classe politique et les élites, et le sentiment d’abandon des plus défavorisés, nombreux dans ce quartier excentré.

«Pas d’argent sauf pour les réfugiés»

Edifié dans les années 1970, le quartier de Marzahn est l’archétype de l’urbanisme à la soviétique. De vastes avenues de six ou huit voies longent des barres d’immeubles préfabriqués de 6 à 20 étages sans charme, alternant avec des prairies urbaines traversées de lignes à haute tension et de lignes de chemin de fer reliant des gares qui semblent plantées en rase campagne.

La poste et le supermarché le plus proche sont à 10 minutes en voiture. Anna n’a plus de voiture depuis qu’elle a perdu son emploi. «Ici sans voiture, on est complètement isolé, insiste la jeune femme. Mais ça intéresse qui? Les politiques, ils disent toujours qu’il n’y a pas d’argent pour aider les plus pauvres. Mais quand c’est pour les réfugiés, tout à coup ils trouvent des milliards.»

Le sentiment d’être mis de côté

Fondé en 2013 pour protester contre les plans de sauvetage de l’euro et reconverti dans la lutte contre l’islam et l’immigration, l’AfD a mené à Marzahn une campagne particulièrement efficace, n’hésitant pas à distribuer des tracts en russe dans les boîtes aux lettres des nombreux russophones du quartier. 30 000 «Aussiedler», des Soviétiques d’origine allemande arrivés en République fédérale au début des années 1990, vivent ici. «A l’époque, les loyers étaient très bon marché et il y avait de nombreux appartements vides», se souvient Alexander Reiser, né en 1962 dans un village allemand de Sibérie. Sa famille y avait été déportée en 1941, sur ordre de Staline.

Cet ancien technicien radio a fondé une association pour l’intégration des Russes-Allemands. «L’AfD a délibérément ciblé les Russes d’Allemagne, explique-t-il. Ils ont imprimé leur programme en russe. C’est le seul parti à s’être occupé des intérêts spécifiques des 4,5 millions de «Aussiedler.» 

Lire également notre éditorial: La fin du tabou allemand

Une partie des Russes allemands, qui votaient traditionnellement pour la CDU, a rejoint les rangs de l’AfD. Comme Olga Vitlif, une infirmière d’origine russe de 43 ans. «Je n’étais pas assez allemande pour avoir le statut de «Aussiedler», puisque je n’ai qu’un grand-père allemand», explique-t-elle. Son passeport russe ne lui a pas permis de voter aux législatives de dimanche mais elle a commencé à s’engager dans les rangs de l’AfD en 2015, «à cause des réfugiés». «Quand nous sommes arrivés en Allemagne, personne ne nous a accueillis à la gare comme on l’a fait avec eux. Alors que nous étions venus légalement. Eux, ils passent la frontière comme ça, jettent leur passeport et sont reçus à bras ouverts!»

Contre l’ouverture des frontières allemandes

Heiko, 53 ans, tient un petit magasin de fleurs près de la station de S-Bahn (métro) de Ahrensfelde, à l’extrême nord de Marzahn. Membre du parti, il se définit lui-même comme «activiste» et «Wutbürger», ces «citoyens en colère» qui font le lit du parti.

Heiko refuse de se faire traiter de raciste ou de néonazi, mais il n’a aucun problème à en fréquenter à l’occasion dans les manifestations du mouvement anti-islam Pegida. Avec l’AfD au Bundestag, il espère que les Allemands obtiendront rapidement le droit de se prononcer par référendum sur les questions de société «pour que Merkel ne puisse plus jamais ouvrir la porte aux réfugiés».

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