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Un opposant au régime de Daniel Ortega, avec son mortier artisanal, dans la ville de Masaya. Le mouvement de contestation réclame le départ du président.
© Cristobal Venegas/AP Photo

Amérique centrale

Masaya, la ville rebelle du Nicaragua, matée par la police d’Ortega

Trois cents morts en trois mois de répression, une chasse à l’homme, des arrestations arbitraires, la torture… Le gouvernement de Daniel Ortega agit aujourd’hui comme la dictature qu’il a combattue hier

Avant de célébrer le 39e anniversaire de la révolution sandiniste ce jeudi, Daniel Ortega a lancé ses troupes le mardi 17 juillet contre un symbole de la résistance nicaraguayenne d’hier et d’aujourd’hui: la petite ville de Masaya (150 000 habitants), située à 35 kilomètres au sud-est de Managua, une des premières villes à s’être insurgées contre la dictature d’Anastasio Somoza à la fin des années 1970 et où, depuis trois mois, la population a érigé des barricades pour protester contre l’autoritarisme du gouvernement actuel.

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Le vendredi 13 juillet, Daniel Ortega (président entre 1985 et 1990 et depuis 2007) avait tenté avec un cortège de haute sécurité de se rendre jusqu’au cœur de la ville pour commémorer le «jour du repli tactique à Masaya», qui avait ouvert la voie en 1979 à la victoire de la rébellion sandiniste. Mais, comme nous l’a rapporté un témoin par téléphone, en 2018 l’ex-commandant de la révolution «s’est heurté à des portes closes et au silence de la population et a dû se rabattre sur une visite rapide d’un commissariat». Daniel Ortega n’a sans doute pas pardonné l’affront de Masaya.

Dimanche, soumise à plusieurs assauts, la petite ville résistait encore. Mais le surlendemain, la violence a augmenté d’un cran. Selon plusieurs témoins, la police nicaraguayenne, aidée de groupes «parapoliciers» ou «paramilitaires» (des miliciens encagoulés et lourdement armés), a détruit les barricades en place depuis de longues semaines. Ces forces sont les mêmes qui répriment depuis près de trois mois le mouvement de contestation, qui a commencé contre une réforme des retraites mais qui réclame le départ du président.

Attaque massive

L’attaque – menée par près de 1500 hommes selon la presse locale – a commencé vers 5h du matin et s’est prolongée toute la journée, tandis que les routes d’accès à la ville rebelle étaient bloquées. Selon Alvaro Leiva, qui dirige l’Association nicaraguayenne pour les droits de l’homme (ANPDH), joint par téléphone mardi soir, les «forces combinées» continuaient dans la soirée de chercher, maison après maison, les manifestants et opposants au régime pour les «séquestrer», sans qu’on sache où ils allaient être emmenés.

«La ville est prise, il y a une forte présence policière», a confirmé le Père Cesar Augusto Gutierrez, qui officie normalement dans une chapelle salésienne près de la place principale de Monimbo. «Ce n’est pas une guerre, c’est un gouvernement lourdement armé qui s’accroche au pouvoir et décide de tuer le peuple qui se défend à coups de pierres et de mortiers artisanaux», a souligné d’une voix lasse et triste le curé, aujourd’hui «réfugié» après avoir reçu des menaces, comme il nous l’a confié par téléphone.

«Innombrables violations des droits de l’homme»

L’ANDPH a reçu, selon Alvaro Leiva, pour la seule journée du 17 juillet «plus de 50 plaintes» concernant des personnes qui auraient été arrêtées à Masaya, mais le nombre de morts et de blessés était encore impossible à vérifier mercredi – au moins trois morts, selon les médias locaux: un adolescent de 15 ans, une femme exécutée en pleine rue et un policier. Alvaro Leiva qui, depuis le début des manifestations, mi-avril, tente avec l’ANPDH de comptabiliser les victimes de la répression gouvernementale, dénonce les «innombrables violations des droits de l’homme».

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Le dimanche 15 juillet, les assauts des forces gouvernementales contre Masaya et plusieurs autres localités avaient déjà fait 12 morts. Les 13 et 14 juillet, c’est contre les étudiants retranchés dans l’Université nationale du Nicaragua (UNAN) et une église à Managua (où un étudiant est décédé) que le gouvernement avait envoyé ses hommes armés. Depuis le début de la répression du 19 avril, les ONG ont comptabilisé plus de 300 morts. Sans compter les innombrables arrestations. A Managua, devant le bâtiment d’El Chipote, la Direction de l’aide judiciaire, un département de la police qui fait office de prison, des dizaines de familles attendent, chaque jour, des nouvelles des leurs, comme le rapporte la presse locale.

«Pas de retour en arrière possible»

A la suite de l’envoi d’une mission d’observation, l’une des rares concessions du régime Ortega dans le cadre du dialogue avec les protestataires sous l’égide de l’Eglise, la Cour interaméricaine des droits de l’homme (CIDH) a dénoncé «les arrestations arbitraires et massives», les «traitements cruels, inhumains et dégradants pendant les détentions», se montrant «particulièrement préoccupée par la situation d’adolescents emprisonnés». La présentation des conclusions de la CIDH devant l’Organisation des Etats américains (OEA) devait amener celle-ci à voter une résolution le mercredi 18 juillet pour condamner les violences du gouvernement.

«Il n’y a pas de retour en arrière possible. Ortega doit partir», nous a déclaré par téléphone un ex-cadre fondateur du Front sandiniste de libération nationale qui avait participé à l’insurrection de Masaya en 1979, soupirant, quelques jours avant que Masaya ne soit reprise par les forces gouvernementales: «Le mouvement de résistance va continuer, quel qu’en soit le coût humain, car ce coût serait encore plus élevé si nous devions supporter ce régime jusqu’en 2021», soit la fin officielle du mandat de Daniel Ortega.

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