Les forces armées sri-lankaises ont été mises hors de cause par la commission d’enquête chargée de faire la lumière surle «massacre de Muttur», le meurtre, en août 2006, de 17 employés tamouls de l’organisation humanitaire française Action contre la faim (ACF), rapporte mardi la presse locale. Il s’agit à ce jour du plus grave crime commis contre une ONG.

Selon le rapport final de la commission, remis au président Mahinda Rajapakse, ni l’armée de terre ni la marine n’étaient présents dans le secteur au moment de ce massacre, pour lequel ACF réclame depuis près de trois ans une enquête internationale.

Le 4 août 2006, 17 travailleurs humanitaires tamouls, tous identifiés par leurs tee-shirts comme appartenant à ACF, avaient été tués dans leurs locaux, situés à Muttur (est), alors que les combats faisaient rage entre l’armée gouvernementale et les rebelles des Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE).

ACF mise en cause pour «négligence majeure»

Les journaux The Island et le Daily Mirror se sont procurés le rapport d’enquête qui n’a pas été rendu public par les autorités, lesquelles ont mis fin il y a un mois au mandat de la commission. Le quotidien The Island écrit ainsi que, loin d’accuser les forces de sécurité, l’enquête met en cause ACF pour «négligence majeure» et suggère à l’association de dédommager les familles des victimes en leur versant dix ans de salaires. Le rapport accuse même les dirigeants de l’ONG française d’avoir empêché le personnel local de quitter Muttur lors de l’attaque. La commission ne dit en revanche pas un mot des responsables du massacre.

Des associations de défense des droits de l’Homme avaient mis au jour l’implication de paramilitaires et de policiers, en présence de marins.

Militaires et paramilitaires

En 2006, des observateurs scandinaves d’un cessez-le-feu entre les belligérants avaient accusé des éléments des forces de sécurité d’avoir tué ces 13 hommes et quatre femmes d’ACF, les pires violences contre des travailleurs humanitaires depuis l’attentat contre l’ONU à Bagdad en août 2003.

Le gouvernement a nié toute responsabilité. Il avait même nommé en 2007 une commission de 11 observateurs étrangers invités à collaborer aux enquêtes sur des violations présumées des droits de l’Homme.

Mais ce Groupe international indépendant d’éminentes personnalités (IIGEP), composé d’experts des Etats-Unis, de l’Union européenne, du Japon de Grande-Bretagne ou de France, avait quitté le pays au printemps 2008, jugeant que Colombo ne respectait pas les «critères de base» en termes d’enquête sur les crimes les plus graves. ACF n’a eu de cesse depuis de réclamer une enquête internationale offrant toutes les garanties de sérieux.