Une bonne partie de la planète célébrait vendredi la journée de l’enfance. Des enfants, il en a été beaucoup question hier à Genève, lors d’une session spéciale consacrée à la Syrie, et plus particulièrement au massacre commis à Houla il y a une semaine, causant la mort de 108 personnes dont 49 enfants de moins de 10 ans. Les responsables des Etats ont rivalisé de formules définitives pour qualifier cette tuerie que «rien ne peut justifier» (Maroc), ce «crime épouvantable» (France) qui indique que leurs auteurs «ont perdu tout sens de la raison» (Turquie).

Par une écrasante majorité de 43 votes contre 3, les Etats ont clairement signifié la responsabilité des autorités syriennes dans cette tuerie qui s’est déroulée en grande partie à l’ombre des chars d’assaut syriens. Faisant planer entre les lignes la perspective d’une saisine de la Cour pénale internationale, la communauté internationale s’est ainsi montrée plus claire que jamais, en quinze mois de conflit, sur le partage des responsabilités.

Selon la haute commissaire aux Droits de l’homme, Navi Pillay, ces actes «qui pourraient équivaloir à des crimes contre l’humanité» pourraient indiquer l’existence d’un «modèle d’attaques systématique et à large échelle contre les civils». La Sud-Africaine a ainsi rappelé aux Etats leur obligation de «tout faire» pour prévenir de tels crimes ou pour traduire en justice leurs responsables.

Tous les indices et témoignages, ainsi que les éléments recueillis par les observateurs internationaux allaient dans le sens d’une condamnation sans appel du régime syrien. Cependant, en nommant d’entrée de jeu le coupable et en décidant dans le même mouvement de lancer une enquête sur le terrain, le Conseil prêtait le flanc à une certaine contradiction. C’est sur ce paradoxe apparent qu’ont bondi les trois Etats qui se sont opposés à la résolution qui circulait. En omettant l’existence de méfaits de la part de «combattants, bandits et terroristes», le Conseil s’est montré «déséquilibré», notait la Russie qui a semblé ainsi ne pas desserrer d’un iota son soutien au régime de Bachar el-Assad. Bien qu’un peu moins affirmée, la Chine a maintenu une position similaire, ainsi que Cuba.

Pour sa part, l’ambassadeur de Syrie à la mission diplomatique de Genève, Faysal Khabbaz Hamoui, qui continue de mettre l’attaque de Houla sur le compte des insurgés, a surenchéri sur le même thème, en affirmant que la communauté internationale avait ouvert «une nouvelle ère de soutien au terrorisme».

Au-delà de cette condamnation pratiquement universelle (c’était la quatrième fois que le Conseil des droits de l’homme consacrait une réunion spéciale à la situation en Syrie), certains Etats semblaient surtout préoccupés par les possibles répercussions, encore lointaines, d’une telle condamnation. Les voisins de la Syrie mais aussi bon nombre de pays arabes ont ainsi insisté sur le risque d’une éventuelle intervention armée visant à déloger le régime syrien. «Toute intervention armée aurait des conséquences graves», assurait par exemple le représentant de la Jordanie en insistant sur le besoin de «faire prévaloir le dialogue».

Du coup, le plan du médiateur Kofi Annan – dont la tuerie de Houla en a cruellement démontré l’inefficacité pour faire taire les armes – recevait un soutien paradoxal de la part de la plupart des Etats. Ce plan «reste le meilleur espoir pour la Syrie», constatait la représentante de la Grande-Bretagne, en concédant: «C’est le seul que nous avons à disposition.»

Du côté français, dans une déclaration très dure à l’égard du régime de Bachar el-Assad, cette dictature qui «assassine son peuple» et qui «ne cherche que sa survie», Nicolas Niemtchinow s’interrogeait: «Quelle meilleur exemple de l’absence de volonté des autorités syriennes de respecter leurs obligations, en particulier le plan de M. Annan?»

Dans les couloirs, cependant, les diplomates occidentaux rappelaient à qui mieux mieux que le rôle du Conseil des droits de l’homme n’est pas de se substituer à celui du Conseil de sécurité, seul habilité à décider de l’avenir du plan Annan ou d’un éventuel recours à la force. Notre enceinte, «c’est la conscience morale de l’humanité», avait dit auparavant l’ambassadeur français à ses collègues.

La Russie insiste sur la responsabilité des «combattants, bandits et terroristes»