11-septembre

Massoud, le héros oublié du 11-Septembre

Les attentats contre les Etats-Unis n’ont pas débuté le 11 septembre 2001. Ils ont débuté indirectement deux jours plus tôt, à l’autre bout de la Terre, en Afghanistan, lorsque le commandant Massoud a été assassiné

On a tendance à l’oublier, mais les attentats contre les Etats-Unis n’ont pas débuté le 11 septembre 2001. D’un point de vue géopolitique en tout cas. Ils ont débuté indirectement deux jours plus tôt, à l’autre bout de la Terre, en Afghanistan. Le 9 septembre exactement, dans la province de Takhar, lorsque deux terroristes du réseau Al-Qaïda, se prétendant journalistes, assassinent Ahmad Shah Massoud, héros de la résistance afghane aux talibans. L’objectif des partisans d’Oussama ben Laden est alors de priver Washington d’un relais militaire avant la prévisible réplique américaine aux attentats.

Héritage

Dix ans après sa mort, que reste-t-il de celui qu’on appelait le «Lion du Panshir»? «Rien en terme d’héritage», répond sans détours Aymeric Chauprade, écrivain et géopoliticien français. Et en effet, l’Afghanistan d’aujourd’hui n’est pas uni. C’est un pays de chefs de guerre et de trafic d’opium. Les talibans sont toujours là, les troupes d’occupation étrangères aussi. Ce qui est loin de ce dont rêvait Massoud pour son pays.

Un constat que fait également Pierre Centlivres, ethnologue neuchâtelois et spécialiste de l’Afghanistan: «Le pays a d’autres chats à fouetter et le commandant Massoud n’est plus présent dans le débat politique actuel», dit-il. Pour preuve: pour la première fois cette année, le président afghan Hamid Karzaï, qui avait pourtant proclamé Massoud «héros de la nation afghane», n’a pas assisté pas aux cérémonies de commémoration de sa mort.

Ce 9 septembre 2011, aucun hommage n’a été rendu à Massoud dans les régions pachtounes de l’Afghanistan, là où sont recrutés les talibans. Ni dans les populations chiites du centre, pour lesquelles Massoud n’a jamais eu beaucoup de considération. «La vérité est que Massoud gênait beaucoup de monde, même hors de son pays: les Pakistanais, qui soutiennent les Pachtounes, et les Américains, qui estimaient qu’il était trop indépendant et donc moins contrôlable», analyse Aymeric Chauprade.

Le rêve romantique des Européens

Seul dans le Panshir, sa région natale, le culte de Massoud reste bien vivant. Son portrait s’affiche partout, y compris dans les bâtiments administratifs. L’entrée de la vallée a été drapée de noir pour l’anniversaire de sa mort. Et un mausolée a été érigé sur un promontoire au milieu de sommets arides, où les pélerins viennent se recueillir.

Tout aussi lumineuse est sa renommée en Europe. «Le commandant Massoud a marqué les étrangers qui sont entrés en contact avec lui, et en particulier les Français», poursuit Pierre Centlivres. Lorsqu’il était le chef de l’Alliance du Nord, Massoud rencontrait beaucoup de reporters et de médecins étrangers, qui tous parleront de lui par la suite comme d’un personnage hors du commun, doté d’un grand charisme et d’une grande intelligence. «Les méchantes langues disent que ce sont les Français qui ont fait sa réputation… Je ne le crois pas. Il était connu au-delà des frontières. Mais il est vrai que Massoud est nettement moins populaire aux Etats-Unis», affirme l’ethnologue.

Alors, le commandant Massoud doit-il sa légende en grande partie aux Européens? Sans doute, car ses airs de «Che Guevara afghan» séduisaient les médias. La réalité géopolitique à l’autre bout du monde était tout autre. Jamais un Tadjik, l’ethnie minoritaire, n’aurait pu être élu président afghan. Massoud, c’est finalement l’Afghanistan que les Européens ont rêvé.

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