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Matteo Renzi aura trébuché sur sa réforme

Le président du Conseil italien a annoncé dans la nuit de lundi sa démission. Il a tiré les conséquences du référendum. Les Italiens ont massivement rejeté sa réforme de la Constitution, mais il ne s’agit pas d’une seule victoire des camps populistes

Matteo Renzi n’a pas attendu le dépouillement de la totalité des bulletins de vote pour annoncer sa démission. Il a pris la parole peu après minuit, une heure après la fermeture des bureaux de vote, pour reconnaître sa défaite. Les Italiens se sont prononcés dimanche contre sa réforme de la Constitution. Lors d’un référendum, 59,11% des votants ont rejeté le texte, selon les résultats définitifs. Ils l’ont rejeté massivement, le taux de participation ayant dépassé 68%.

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Le premier ministre sortant a convoqué un Conseil des ministres ce lundi après-midi, avant d’aller remettre sa démission au président de la République, Sergio Mattarella. «L’expérience de mon gouvernement s’arrête ici, a-t-il lancé devant la presse dans la nuit de lundi. Quand nous avons demandé la confiance aux chambres [début 2014], nous avons proposé de simplifier le système, d’éliminer le bicaméralisme parfait, de réduire les coûts de la politique et d’élargir les espaces de démocratie directe. C’est cette réforme que nous avons soumise au vote. Nous n’avons pas été convaincants, j’en suis désolé.»

«Moi, j’ai perdu»

«Moi, j’ai perdu.» Matteo Renzi prend sur lui la défaite et en «assume toutes les responsabilités». Au fil de la campagne, le vote s’est transformé en plébiscite pour ou contre sa personne. Lui-même avait fait de ce référendum un enjeu personnel. En début d’année, il avait annoncé démissionner en cas de défaite. Les sondages étaient alors de son côté. Mais quand la tendance s’est inversée, il a tenté de dépersonnaliser le vote. En vain.

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Une période d’incertitude politique s’ouvre au lendemain du référendum. Le Mouvement 5 étoiles de l’humoriste Beppe Grillo réclame des élections anticipées le plus tôt possible, plus d’un an avant la fin de la législature, début 2018. La formation anti-système se voit déjà au pouvoir. «Dès demain [lundi], nous nous mettons au travail pour créer le programme et l’équipe du futur gouvernement 5 étoiles», a expliqué Luigi Di Maio, le vice-président de la Chambre des députés, après le discours de Matteo Renzi.

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Ce n’est pas seulement la victoire du populisme sur l’establishment

La ligne est la même pour Matteo Salvini, le secrétaire fédéral de la Ligue du Nord, qui s’est réjoui de la «victoire du peuple sur les pouvoirs forts». Or la défaite de Matteo Renzi ne peut pas s’expliquer uniquement par la victoire du populisme sur l’establishment. Dans le camp du non, aux côtés de ces formations anti-système, se trouvaient des représentants de cette «caste» qu’ils ne cessent de dénoncer, comme les anciens présidents du Conseil Mario Monti, Massimo D’Alema ou Silvio Berlusconi. Le parti de ce dernier, Forza Italia, ne s’est pas prononcé pour des élections anticipées, mais a demandé au Parti démocrate, détenant encore une majorité au parlement de former un nouveau gouvernement. Le dernier mot revient désormais au président de la République. Sergio Mattarella devra indiquer la ligne à suivre.

Pour l’heure, la réforme de la loi électorale

Dans l’immédiat, les parlementaires devraient être appelés à réformer la loi électorale. Baptisée Italicum et approuvée en mai 2015, elle avait été taillée pour le nouveau système dessiné par la réforme de la Constitution, mais rejetée dimanche par les Italiens. Elle devait permettre au parti gagnant, lors de prochaines élections législatives, de remporter une nette majorité dans la Chambre basse, indépendamment du nombre de voix acquises au premier tour.

L’opposition craignait que l’application de l’Italicum provoque une «dérive autoritaire». Cela aurait risqué de créer un système sans le contrepoids d’une autre chambre, un «système oligarchique», jugeait Gustavo Zagrebelsky, juriste et ancien juge constitutionnel.

Une loi liée à Matteo Renzi

Cette nouvelle loi électorale était donc fortement liée à la victoire de Matteo Renzi et à l’application de sa réforme. Le texte prévoyait notamment de transformer le Sénat en chambre de représentants régionaux, de réduire le nombre de ses élus de 315 à 100 et le coût du fonctionnement des institutions et enfin, de réviser le titre V de la seconde partie de la Constitution afin de réduire l’autonomie des régions au profit de l’Etat.

«Nous voulions supprimer les trop nombreux sièges de la politique italienne, a enfin lâché Matteo Renzi, lors de son discours au palais Chigi. Je n’y suis pas arrivé, alors le siège qui saute est le mien.» Le chef de l’exécutif battu a ensuite laissé son pupitre avant de retrouver sa femme. Les yeux humides, il a quitté la salle où il devra remettre à son successeur la petite cloche symbolisant la présidence du Conseil des ministres.

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