Italie

Matteo Renzi à la conquête des électeurs du Sud et des jeunes

Matteo Renzi a ouvert la dernière ligne droite de la campagne électorale, un mois avant le référendum sur sa réforme de la Constitution. Les jeunes et les habitants du Sud sont les électeurs à conquérir alors que plus d’un votant sur deux rejette le texte soumis au vote le 4 décembre

Le séisme de dimanche et les milliers de déplacés dans le centre de l’Italie occupent les journées de Matteo Renzi. Mais le président du Conseil garde à l’esprit le plus important rendez-vous électoral de sa carrière politique. Le 4 décembre prochain, les Italiens sont appelés à se prononcer sur une modification d’envergure de leur Constitution. La réforme phare du mandat du premier ministre vise à mettre un terme à septante ans de bicaméralisme parfait.

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Nouvelle forte secousse tellurique dans le centre de l’Italie

«Notre destin est de changer l’Italie», a lancé devant plusieurs dizaines de milliers de personnes Matteo Renzi, samedi à Rome, s’adressant à «cette Italie qui dit oui et ne se résigne pas à la peur». Un mois après avoir lancé dans sa ville de Florence une campagne rythmée de rendez-vous quotidiens aux quatre coins de la péninsule, le chef de gouvernement est entré dans la dernière ligne droite. Mais trente jours durant, et malgré son omniprésence dans les médias, sur les réseaux sociaux et dans les places du pays, il n’a pas réussi à inverser la tendance en sa faveur. Le vote risque de se transformer en plébiscite pour ou contre sa personne. Avant l’été, certain de sa victoire, il avait promis de se retirer de la vie politique en cas de défaite.

La pauvreté et le chômage jouent contre la réforme

Vu les sondages, il a ensuite changé de ligne, voulant se concentrer sur le fond de son texte. Le rejet de ce dernier devance toujours l’approbation d’un à trois points, dépassant tout juste les 50% des intentions de votes. Et plus le référendum approche, plus les Italiens choisissent leur camp. Ils seront 56% des électeurs à se rendre aux urnes, selon la prévision de l’Institut Ixé la semaine dernière.

Plus d’un votant sur deux sait donc déjà s’il votera pour abolir ou non le bicaméralisme parfait et transformer ainsi le Sénat en représentant des régions, pour réduire ou non le nombre de parlementaires et le coût du fonctionnement des institutions et, enfin, pour renforcer ou non les pouvoirs de l’Etat au détriment des administrations régionales.

Les jeunes et les habitants du Sud sont les moins convaincus par cette réforme. Dans les régions méridionales de la botte et sur les îles, le rejet atteint 58%, selon plusieurs enquêtes d’opinion. La pauvreté et le chômage plus élevé qu’au nord expliqueraient ce choix. Mais en partie seulement.

Les mouvements antigouvernementaux ont le vent en poupe

Le Sud est «historiquement prédisposé à se laisser séduire par des politiques et des mouvements alternatifs, toujours antigouvernementaux, parfois antirépublicains», explique Federico Geremicca dans les colonnes de «La Stampa». Lors des élections législatives de 2013 par exemple, le Mouvement 5 étoiles (M5S), la formation antisystème de l’humoriste Beppe Grillo, avait remporté deux fois plus de voix que le PD. La campagne dans le Sud en faveur du oui n’est de plus «pas aidée par des gouverneurs de gauche aux rapports conflictuels avec Matteo Renzi», ajoute le journaliste.

Mais la plus farouche opposante à la réforme constitutionnelle est la jeunesse. Dans la tranche d’âge des 18-34 ans, le «non» devance le «oui» de 12 à 20 points, d’après plusieurs sondages relayés par la Rai, la télévision publique, à la fin du mois d’octobre. «Il s’agit d’un vote antisystème, fruit d’une insatisfaction très violente, analyse dans Il Corriere della Sera Giuliano Da Empoli, ancien adjoint et conseiller du maire de Florence, Matteo Renzi, entre 2009 et 2012. N’ayant pas vécu la politique de ce dernier quart de siècle, ils ne se rendent pas encore compte du risque de retomber dans un système qui a paralysé l’Italie.» Mais il reconnaît que le M5S, contrairement au PD, a été plus «innovant» pour impliquer des jeunes souffrant d’un taux de chômage parmi les plus élevés d’Europe. 39,2% des 15-24 ans étaient sans emploi au mois de juillet.

L’opposition dénonce une dérive autoritaire

Le jour de la grande manifestation de Matteo Renzi, samedi, l’opposition s’est donc organisée dans les quartiers branchés de la capitale. Au Pigneto, au sud-est de la gare Termini, des débats, des tournois de baby-foot et d’échecs et un concert pour enfants ont été organisés par l’Arci. Cette «Association récréative culturelle italienne» revendique un million d’adhérents à travers tout le pays. Ces opposants dénoncent de «lourdes dérives autoritaires» qui verraient «tout le pouvoir concentré dans les mains d’une fausse majorité et d’un sénat non élu par le peuple». La musique populaire sur la scène de piazza del Popolo samedi a difficilement réussi à les faire changer d’avis.

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