Matteo Renzi entend sortir l’Italie du «marécage»

Italie Le jeune leader des démocrates a été chargé de former un nouveau gouvernement

Son objectif: une réforme par mois d’ici à mai

«Le programme? C’est simple: prendre ce que la politique a dit mais n’a pas fait ces dernières années.» Un député proche de Matteo Renzi résume en une réponse, dans la presse italienne, l’ambition «démesurée» du prochain président du Conseil italien. Dès qu’il a été investi lundi de la mission de former un nouvel exécutif par le président de la République, Giorgio Napolitano, le jeune secrétaire du Parti démocrate (PD, centre gauche) a avancé un calendrier politique dont le slogan pourrait être: «Un mois, une réforme.»

Matteo Renzi veut sortir du «marécage» dans lequel est embourbée l’Italie. Mais aux abords de ce marais se trouvent face à lui un bois et deux sentiers. Celui qui a limogé, cinq jours plus tôt, le chef de l’exécutif, Enrico Letta, cite un poème de Robert Frost. Et comme le poète, il choisit le «sentier le moins battu». Sur sa route, des réformes électorale, constitutionnelle, du travail, de l’administration publique, du fisc. Il s’est engagé hier à en mener une par mois jusqu’en mai.

Un calendrier serré à la hauteur de l’empressement dont le maire de Florence fait preuve depuis deux mois, lorsqu’il a été élu à la tête du principal parti de centre gauche. «Il n’a pas compris que le parlement n’a rien à voir avec un conseil communal, freine Piero Ignazi, professeur de sciences politiques à l’Université de Bologne. Il n’aura pas le même pouvoir et les temps à Rome sont beaucoup plus longs.»

Peu importe, Matteo Renzi veut aller vite. Son slogan de campagne pour les primaires PD en décembre n’était-il pas Cambia verso, change de rythme? Sauf que son défi consiste à changer les temps de la politique italienne sans pouvoir en changer les principaux acteurs. Son gouvernement s’appuiera sur le même parlement que son prédécesseur. Il a en effet exclu un retour aux urnes. Des élections ne permettraient pas, selon lui, de «résoudre les problèmes de l’Italie».

Il faut donc changer la «porcherie», la loi électorale actuelle surnommée ainsi par son instigateur. En février dernier, elle n’a pas donné de majorité nette dans les deux chambres à la gauche, qui a dû s’allier au centre droit pour gouverner. Le porcellum, en vigueur depuis 2005, a même été déclaré anticonstitutionnel fin 2013. Changer ce système que personne n’a réussi à modifier en près de dix ans, Matteo Renzi en a fait un argument de campagne avant de prendre la tête du PD. Un mois plus tard, en janvier de cette année, il s’allie au meilleur ennemi du centre gauche: Silvio Berlusconi. Le Cavaliere, battu en octobre par Enrico Letta alors en pleine tourmente d’une énième crise politique, est de retour. De l’accord entre le PD de Matteo Renzi et Forza Italia du Cavaliere naît l’Italicum, les politiques italiens aimant affubler d’un surnom latinisant leurs lois électorales.

Ce système, déjà examiné par la Chambre des députés, est proportionnel, propose une prime de majorité à 37% et un seuil minimum d’entrée. «En Italie, le système décisionnel est fragmenté, analyse le professeur Leonardo Morlino, de l’Université Luiss à Rome, aussi bien au niveau des acteurs que des procédures.» Le politologue observe ainsi un «problème d’efficacité» que cette nouvelle loi tente de résoudre: «L’Italicum vise à renforcer le rôle des électeurs et à diminuer le nombre des acteurs en jeu.»

Ce nombre d’acteurs, Matteo Renzi veut même le baisser drastiquement en réformant le Sénat. Il abolirait ainsi le bicamérisme parfait en Italie. «Cette réforme est fumeuse, coupe Leonardo Morlino. Nous naviguons pour l’instant en haute mer», loin donc d’un quelconque texte concret. «Fumeuse» aussi sa réforme du travail, le Job Act, en référence à l’American Jobs Act de Barack Obama. Le professeur explique que Matteo Renzi pioche des idées partout en Europe, sans dégager un plan clair.

Comment mettre sur les rails des réformes «fumeuses» en quatre mois seulement, comme promis lundi? «La politique populiste d’annonce à la Berlusconi est aussi la politique de Renzi», tranche le politologue romain. Mais la frange la plus à gauche du PD ne veut pas se faire enfumer. Pippo Civati, candidat malheureux à la primaire démocrate de décembre, menace de ne pas accorder sa confiance au gouvernement Renzi, tout comme une dizaine de sénateurs de centre gauche. Ils regrettent l’alliance avec une partie du centre droit, le retour de Silvio Berlusconi, mais plus encore la manœuvre politique de leur chef de parti pour se hisser au sommet du pouvoir. Bien au sommet, mais encore sans équipe gouvernementale. Longue sera la route pour sortir du marécage italien.

La réforme électorale propose notamment une prime de majorité à 37% et un quorum