Référendum

Matteo Renzi joue l’avenir de l’Italie

Les Italiens votent dimanche sur la réforme de la Constitution de Matteo Renzi, qui avait personnalisé le vote avant de se raviser. Mais l’opposition a transformé le scrutin en plébiscite: pour ou contre le premier ministre 

Matteo Renzi mise tout sur les 48 heures séparant son dernier meeting vendredi de la fermeture des bureaux de vote dimanche soir. Le président du Conseil compte sur les indécis pour «réellement changer les choses» en votant en faveur de sa réforme de la Constitution. Place de la Seigneurie, au cœur de sa Florence, il a appelé à voter «oui» pour «parier» sur l’avenir, pour que «l’Italie devienne à nouveau une référence pour sa culture et pour les valeurs qu’elle porte dans le monde», pour que la péninsule soit «leader en Europe».

Le premier ministre italien joue dimanche sa carrière politique. Le vote s’est transformé au fil de la campagne en plébiscite pour ou contre Matteo Renzi. Il avait menacé il y a plusieurs mois de démissionner en cas de défaite. Les sondages étaient alors de son côté. Mais quand la tendance s’est inversée, il a essayé de dépersonnaliser le scrutin. En vain. L’opposition appelle à voter moins contre son texte que pour le chasser du pouvoir.

Concrètement, plus de 46 millions d’Italiens sont appelés, lors d’un référendum entre 7 heures et 23 heures, à se prononcer sur la modification de 47 des 139 articles de la Constitution datant de 1947. Il s’agit de la réforme la plus ambitieuse depuis la naissance de la République italienne, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. En une seule question, les votants doivent décider s'ils souhaitent transformer le Sénat en chambre de représentants régionaux, réduire le nombre de ses élus de 315 à 100 et le coût du fonctionnement des institutions et enfin, réviser le titre V de la seconde partie du texte afin de réduire l’autonomie des régions au profit de l’Etat.

Fin du bicaméralisme 

La nouvelle chambre haute ne pourrait plus voter la confiance au gouvernement et ses compétences législatives seraient limitées. À quelques exceptions près, les lois seraient votées uniquement par la chambre basse. Le Sénat et la Chambre des députés n’auraient plus les mêmes pouvoirs, marquant la fin du bicaméralisme parfait. Matteo Renzi veut ainsi donner plus de stabilité à un pays ayant connu 63 gouvernements en 70 ans.

Mais les détracteurs de la réforme craignent une «dérive autoritaire». Le texte soumis au vote dimanche est en effet lié à la nouvelle loi électorale baptisée Italicum et approuvée par le parlement en mai 2015. Celle-ci ne concerne que l’élection des députés. Elle ne pourra être utilisée qu’en cas d’approbation de la réforme. Lors de prochaines élections législatives, elle permettrait au parti gagnant de remporter une nette majorité dans la chambre basse, indépendamment du nombre de voix acquises au premier tour. Cela risque de créer un système sans le contrepoids d’une autre chambre, un «système oligarchique», selon Gustavo Zagrebelsky, juriste et ancien juge constitutionnel.

La réforme propose de changer profondément la politique italienne. Elle a donc divisé au-delà des classiques clivages gauche-droite. Une partie de la droite berlusconienne se prononce en faveur du texte, dix ans après une tentative ratée du Caïman de revoir la Constitution. Plus de 60% des Italiens avaient rejeté une mouture similaire à celle de Matteo Renzi, à la différence notamment qu’il proposait de renforcer les pouvoirs du président du Conseil. Mais toujours dans l’opposition dure au leader démocrate, Silvio Berlusconi votera «non» dimanche.

Lutte interne au Parti Démocrate

Une partie du centre-gauche fera de même. Une minorité du Parti démocrate (PD) au pouvoir, dont Matteo Renzi est aussi le secrétaire, fait campagne contre la réforme depuis des mois. Massimo D’Alema, ancien président du Conseil et l’un des fondateurs du PD en 2007, a expliqué lors d’une discussion publique dans un café de la banlieue de Rome, fin novembre, qu’il se prononcera contre la réforme comme il l’avait fait contre celle de Silvio Berlusconi. Il y a dix ans, «nous dénoncions la concentration du pouvoir, a-t-il lancé à un auditoire acquis à sa cause. La seule différence avec aujourd’hui, c’est qu’on le disait tous ensemble». Sous-entendu: En tant que parti uni.

Dans cette lutte interne au PD, Matteo Renzi a reçu à la dernière minute un soutien de poids. L’ancien chef du gouvernement Romano Prodi, lui aussi parmi les fondateurs du principal parti de la gauche italienne, s’est prononcé cette semaine en faveur de la réforme. Le «Professore» a pris une décision «difficile» en faveur d’un texte qui n’a pourtant «ni la profondeur ni la clarté nécessaires». «Mais au vu de mon histoire personnelle et des possibles conséquences à l’extérieur, a ajouté l’ancien président de la Commission européenne, je me sens en devoir de rendre public mon “oui”.»

Le soutien semble avoir renforcé l’optimisme de Matteo Renzi, certain de sa victoire. Mais n’a pas déstabilisé Beppe Grillo, son plus ardent opposant. Le fondateur du Mouvement 5 étoiles, deuxième parti derrière le PD, a déjà annoncé qu’en cas de victoire du «non», sa formation antisystème se présenterait devant le président de la République, Sergio Mattarella, pour lui demander de convoquer de élections anticipées. 

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